La Bataille de Valmy

d'Art et d'Histoire

Biographie : Charles-Louis Kratké un graveur au riche talent de peintre d’histoire
Charles-Louis Kratké est né à Paris en 1848, il révèle très tôt de brillantes dispositions pour la peintures, qui lui valent d’être admis de bonne heure à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier du peintre d’histoire Jean-Léon Gérôme (1824-1904) ainsi que dans celui du graveur aquafortiste Charles Albert Waltner (1846-1925). Également doué pour la peinture de genre et d’histoire tout autant que la gravure, Charles-Louis Kratké se consacre surtout à la gravure, pour laquelle il acquiert une grande renommée. Il expose aux Salons dès 1868 où il remporte de très nombreuses mentions et médailles. En 1916, il reçoit la commande, pour la Chapelle des morts, de l’église Notre-Dame de Clignancourt, d’un triptyque à la fois religieux et patriotique pour entretenir le souvenir des combattants de la Grande Guerre.

L’oeuvre : La Bataille du Moulin de Valmy
De nombreux artistes ont traité le thème de cette célèbre canonnade, dont le célèbre peintre militaire Horace Vernet (1789-1863), membre de l’Institut. Adoptant une composition et une orientation différente, Charles-Louis Kratké a su s’en approprier l’histoire. Il n’est pas tombé dans la facilité, en peignant la chute du général Kellermann, ou la revue du duc d’Orléans. Bien évidemment, il plante sa scène sur le plateau du Moulin de Valmy. Au premier plan, les soldats de la Garde Nationale qui suivent attentivement les bombardements de leurs camarades artilleurs. A chaque fois qu’un boulet fait mouche, c’est un déchainement de joie : les bicornes volent, et l’on entend presque les hourras, vivats et autres cris d’encouragements jaillir de leurs gosiers. C’est que pour l’heure, l’artillerie fait tout le boulot, et la Garde (le premier bataillon de volontaires de Saône-et-Loire), si elle est prête à partir à l’assaut, , baïonnette fixée sur les fusils modèle 1777, n’en n’est pas moins heureuse que le moment fatidique ne soit pas proche. Néanmoins, les trois tambours se tiennent prêt à lancer l’assaut. C’est que cette Garde tout nouvellement recrutée n’a pas encore le flegme du vieux conscrit. Mais indéniablement, elle brûle de la flamme patriotique. Vêtu d’un uniforme très proche de celui de la Garde Mobile, dont ils sont d’ailleurs tous issus, celui-ci est composé d’une culotte blanche, d’un habit bleu roi avec doublures et revers blancs à passepoiles écarlates, collets et parements écarlates à passepoiles blancs, boutons de cuivre. Ils sont, en outre, coiffés du bicorne en feutre noir.
Au deuxième plan, le célèbre moulin à vent, dont un éclaireur gravit allègrement l’échelle de bois pour sans doute atteindre le deuxième étage (celui des meules) et avoir ainsi une vue encore meilleure sur le théâtre des opérations. Tandis qu’à l’arrière plan, dans les fumées de la canonnade, on distingue la maison du meunier, près de laquelle s’amassent les troupes.

Un brin d’histoire : un moulin au cœur de la bataille
20 Septembre 1792.
Une armée du duc de Brunswick marche sur Paris depuis le 12 août. Alliés aux 20 000 émigrés du Prince de Condé, 150 000 Prussiens et Autrichiens ont pour objectif de prendre Paris pour y libérer Louis XVI. L’armée française, elle compte 133 000 hommes, L’Assemblée Législatives a déclaré « la Patrie en danger » et lève 50 000 volontaires parmi les Gardes Nationales. Depuis fin août, la situation s’aggrave. Longwy a capitulé, et quand Verdun se rend, c’est la voie sur Paris qui est ouverte à travers la plaine de Champagne. 30 000 hommes viennent rejoindre les rangs de l’armée pour sauver la France. Essentiellement des Gardes nationales sans grande expérience, surtout sans entrainement.
L’armée française commandée par les généraux Charles-François Dumouriez et Christophe Kellermann, prend ses positions au centre duquel se trouve le Moulin de Valmy et disposent leurs batteries. Une première canonnade prussienne sème le désordre dans les troupes française. Le cheval du général Kellermann, aux avant-postes, est tué sous lui par un boulet de canon, mais celui-ci remonté, soutien ses troupes pleine d’enthousiasme. Les canons grondent depuis quatre heures lorsque le général harangue ses troupes «Camarades, voilà le moment de la victoire ; laissons avancer l’ennemi sans tirer un seul coup de fusil, et chargeons-le à la baïonnette. » « Vive la Nation ! » se déchainent les soldats quand le souffle d’une explosion met à nouveau le général aux pieds de son cheval. Brandissant son chapeau au bout de son sabre, il répète « Vive la Nation ! » en passant devant ses hommes, monté sur un troisième cheval. En un instant, toutes les chapeaux sont sur les baïonnettes, et l’armée française n’est plus qu’une seule clameur qui enfle si fort, reprise par tous, qui dure près d’un quart d’heure, prête à bondir sus à l’ennemi, baïonnette en avant. Les 36 canons français redoublent d’effort.
Les canons français tirent en quatre heures pas moins de 20 000 boulets ! L’artillerie française est supérieure à celle des Austro-prussiens, qui de plus, sont éreintés par la dysenterie. Déstabilisés par la détermination et l’enthousiasme des troupes françaises, ils reculent.
Cette victoire coute à la France, 300 morts, tandis que les Prussiens n’en déplorent que 184. Le 21 septembre, La Convention Nationale proclame la fin de la monarchie en France et l’avènement de la Première République. Le 22 octobre, les troupes coalisées évacuent définitivement le territoire français.

Un moulin à qui la gloire ne porta pas chance, quoique… !
Moulin pivot, aussi appelé moulin chandelier, le moulin de Valmy est érigé en 1634 sur un tertre à 197 mètres d’altitude. Un piédestal fixe le pivot, habillé d’un fût en moellon, Le pivot supporte lui la cage pivotante qui abrite au seconde étage les meules et le mécanisme, et au premier étage, la bluterie, salle où est récupérée la farine fraîchement moulue. Cette cage s’oriente au vent grâce à une longue queue (long madrier en bois que l’on ne voit pas sur le tableau de Kratké, bien que l’orientation s’y prête, mais que l’on distingue sur le tableau de Jean-Baptiste Mauzaisse (1784-1844) qui reprend la composition de celui d’Horace Vernet.
Afin d’éviter que le moulin ne devienne le symbole d’une revanche prussienne à prendre, le général Kellermann ordonne qu’il soit brûlé alors que les canons se sont à peine tus. Mais s’il n’est pas devenu le un symbole pour les Prussiens, il est en revanche devenu celui de la Liberté du Peuple Français. Il eset alors reconstruit dès 1793.  Mais hélas, son piètre rendement par rapport à celles de ses concurrents à eau voisins abrège sa destinée : il est abandonné en 1815. Il faut attendre 1939, pour qu’une souscription nationale permette une nouvelle reconstruction.  Mauvais timing, les travaux s’interrompent et ne reprennent qu’après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, en 1947. Inscrit aux Monuments Historiques le 10 mai 1989, il est terrassé par la mémorable tempête de décembre 1999. Grâce à l’initiative du maire de Châlons-en-Champagne, monsieur Bruno Bourg-Broc, une souscription nationale est lancée et en 2005, le quatrième moulin de Valmy lance ses ailes au vent d’Argonne.

Pour aller plus loin
« Garde National à Valmy », Charles-Louis Kratké, huile sur panneau signée en bas à gauche, 32X23,5 cm, collection privé
« La Bataille de Valmy », Horace Vernet (1789-1863), huile sur toile 1826, 1,746X2,87 mètres, National Gallery, Londres, Royaume Uni
« La Bataille de Valmy », Jean-Baptiste Mauzaisse (1784-1844), huile sur toile 1835, 2,96X6,78 mètres, Musée National du Château de Versailles

bibliographie
Emmanuel BENEZIT, ,Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Librairie Gründ, Paris 1976 (1ère édition 1911), 10 vol., volume 6, pp. 308
Jean-Paul BERTAUD, Atlas de la Révolution française, t. 3, L’Armée et la Guerre, Paris, éditions de l’EHESS, 1989.
Jean-Paul BERTAUD, Les Soldats-citoyens et la Révolution française, Paris, Robert Laffont, 1979.
Arthur CHUQUET, Valmy, la patrie en danger, éditions Laville, 2010

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