Le Duelliste Henri III

d'Art et d'Histoire

Emmanuel Frémiet, sculpteur de l’Histoire
Si Emmanuel Frémiet n’est plus connu aujourd’hui que de quelques amateurs éclairés, il a été, en son temps, un sculpteur extrêmement réputé. Né en 1924, il produit dès 1843. Ses débuts de sculpteurs sont de premier ordre, et on peut le considérer très rapidement comme un maître. Aucune de ses très nombreuses œuvres n’est banale, chacune attestant de sa faculté de renouvellement, il progresse à chaque sculpture, tout en restant dans la continuité d’une même facture d’excellence.
Artiste fécond, n’a-t-il pas sculpté quelques 230 œuvres, de la statue monumentale à la médaille en passant par les fresques, les monuments, les figurines historiques et les cachets. Il mène une existence modeste et discrète, à l’écart de la foule et des honneurs.  De haute taille, un visage calme et peu mobile, toujours impeccablement vêtu, d’une réserve à la limite de l’austérité, Emmanuel Frémiet cultive la discrétion et la modestie ainsi qu’une grande discipline morale. Le contraire de cabotin, il ne se livre jamais au public autrement qu’au travers de ses œuvres. Pas de bavardages, juste des sculptures. Gustave Larroumet (1852-1903), historien d’art qui le fréquente à l’Institut (Emmanuel Frémiet y entre en 1892) dit de lui que, « le premier abord est plutôt froid, et sa parole ne va pas au-devant de la curiosité ; très poli, il risque de laisser, à qui le connaît peu, l’impression d’un timide et d’un silencieux. Cette réserve n’est que respect de soi-même : lorsqu’elle n’a pas lieu de s’exercer, dans l’intimité confraternelle par exemple, elle fait place à une courtoisie confiante. Alors il répond volontiers, si on l’interroge, et il raconte sa vie avec un tour savoureux d’ironie bienveillante et de modestie tranquille. »
Le nom d’Emmanuel Frémiet n’est cependant pas dans l’ombre. L’inauguration place des Pyramides, en 1874, de sa statue équestre monumentale de Jeanne d’Arc, révèle engouement populaire pour cette héroïne tant aimée des Français.
Jusqu’alors connu comme sculpteur animalier de génie, il est considéré comme l’égal de celui qui a tant marqué ce genre, le grand maître Antoine-Louis Barye (1795-1875). La renommée qui lui attire sa Jeanne d’Arc offre à Emmanuel Frémiet son entrée  dans la cour des grands de la sculpture monumentale.
Les talents d’Emmanuel Frémiet ne s’arrêtent pas là. Il sculpte tout avec autant de bonheur les animaux que les thèmes « historiques ». Ses doigts habiles font naître tout un monde de statuettes gracieuses, élégantes qui racontent chacune un peu de l’Histoire de France avec beaucoup de pittoresque mais surtout un réalisme et un sens du détail historique remarquables. D’ailleurs, Emmanuel Frémiet ne travaille pas dans le vide. Avant de se saisir de son ébauchoir, il constitue ses sources et fréquente assidûment les bibliothèques. Il ne laisse rien au hasard. « Unique dans plusieurs parties de son art, égal dans les autres aux plus grands de ses contemporains, partout original, il a suivi l’un des premiers, en l’élargissant, la voie que le génie de Barye avait ouverte à l’école française et, dans une autre plus ancienne, mais bien longtemps conventionnelle, la statuaire équestre, il l’a renouvelée. » Gustave Larroumet, de l’Institut, in Revue Illustrée.

L’œuvre : Le Duelliste, Henri III
Sans doute formant le pendant avec « Le Duelliste, Charles IX », cette figure d’Henri III se suffit toutefois à elle-même. Une jambe en avant, le duelliste Henri III s’appuie sur une hanche tandis que, cachée sous sa cape, sa main droite se tient prête à saisir la poignée de sa rapière.
Enroulé dans une courte cape d’où émerge un col plissé, sans aucun doute immaculé,  que l’on appelle « fraise », encore pas trop encombrant dans ces années 1570, le jeune roi de France (né en 1551, il monte sur le trône à 23 ans, en 1574, pour un règne de 15 ans, et meurt 1589 à l’âge de 38 ans) porte de longues chausses terminées par des culottes à mi-cuisses rembourrées et formées de « crevées » (bandes de tissus non cousues ensemble). Il porte au côté une rapière, longue épée à la lame affinée. Arme d’estoc (coups portés de la pointe), mais aussi de taille (coups portés avec le tranchant), la rapière possède une garde décorée d’or et d’argent et une longue lame d’environ un mètre (auquel il faillait rajouter la garde qui à elle seule mesurait entre 20 et 30 cm. Une rapière pouvait ainsi avoir une longueur totale de 140 cm. Très légère, la lame n’a pas plus de 3 centimètres de largeur. C’est en ce dernier quart du 16ème siècle aussi bien une arme de combat que le symbole de la position sociale de son propriétaire.
Figure historique, ce duelliste Henri III exprime la volonté d’Emmanuel Frémiet de marquer la mémoire de son contemporain par l’image.

POUR ALLER PLUS LOIN
Sydney ANGLO, The Martial Arts of Renaissance Europe, Yale University Press , New Haven et Londres 2000, 384 p
Pascal BRIOIST ; Hervé DREVILLON ; Pierre SERNA, Croiser le fer. Violence et culture de l’épée dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Ed. Champ Vallon,  Paris 2008, 429 p.
Jacques de BIEZ, préface Frédéric Masson, Emmanuel Frémiet, Edition Jouve, Paris 1910 pp. 191 et sq
Catherine CHEVILLOT, Emmanuel Frémiet 1824-1910. La main et le multiple, Musée des Beaux-Arts Dijon, musée de Grenoble 1989, 215 pages, pp. 139-140
Philippe FAURE-FREMIET, Frémiet , Librairie Plon, Paris 1934, 152 pages
Stanislas LAMI, « Frémiet (E.) », in « Dictionnaire des sculpteurs de l’École française au 19ème siècle », Éditions Honoré Champion, Paris 1916, tome 2 (D à F) ; pp. 405-419
Gustave LARROUMET, E. Frémiet, In Revue Illustrée, volume 17, année 9, numéro 193, Bascher Editeur, Paris 1893, pp 293-303 ; 329-344
Laetitia SANSONETTI, La rapière, Université Paris Ouest
Dominique VENNER, Le Livre des armes. Les armes blanches. Sabres et épées, Ed. Jacques Grancher, Paris 1986, 317 p.

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