Le Gladiateur Retiaire

d'ARt & d'Histoire

Eugène Marioton, une fratrie d’artistes
Né à Paris le 7 avril 1857, Eugène Marioton est le frère cadet de Claudius Marioton, sculpteur comme lui, mais plus spécialisé dans les fresques. Treize années séparent les deux frères, et lorsque que naît Jean-Alfred, qui fera carrière dans la peinture, et plus particulièrement les décors de plafond, ils ont respectivement 6 et 20 ans !
Le père, Jean, était cuisinier. Une autre forme d’art ! La mère, Catherine Magister, exerçait un métier aujourd’hui disparu : celui de brunisseuse. C’est-à-dire qu’elle brunissait et polissait les métaux. Sans doute travaillait-elle dans un atelier de fondeur, et transmit-elle à ses deux fils aînés l’amour du beau métal…
Quoiqu’il en soit, Eugène fait l’École des Beaux-Arts, sur les pas de son aîné et participe ensuite régulièrement aux Salons des Artistes Français. Il y reçoit en 1882 la médaille de bronze, la médaille de Troisième Classe l’année suivante, et celle de deuxième classe en 1884. En 1885, il échoue au Grand Prix de Rome, et se spécialise alors dans les groupes consacrés à la glorification de la Nation. Il continue à engranger les prix, et obtient même une bourse de voyage.
Dans les années 1890, il évolue vers une statuaire plus tourmentée ou romantique, comme en témoignent son Elégie (1896), La Danse (1903), la Muse des Eaux (1904) ou l’Hyménée (1908). Mais ses premières amours ne sont pas très loin, et il retourne vite à ses thèmes de prédilection, patriotique et allégorique tels le Devoir civique (1899), la Gloire au Travail (1909)…
Malgré son abondante production, Eugène Marioton ne parvient pas à décrocher de commandes de l’Etat, c’est ainsi que pour vivre, il se tourne vers le bronze d’édition. Il est ainsi l’auteur d’un nombre considérable de statues, sans doute dans les quatre cents, dans des thèmes très divers. Si la réalité historique n’est pas sa préoccupation majeure, il sait néanmoins trouver son public qui vaut d’être l’un des artistes les plus réputés des années 1890-1910.

Eugène Marioton s’éteint à Paris le 19 septembre 1933.

Le Gladiateur Rétiaire
Déhanché, dans un mouvement qui anticipe le lancer de son filet, le rétiaire est à l’attaque. Le mouvement n’est pas violent, mais en douceur, car son regard concentré, jauge son adversaire, cherchant le meilleur angle d’attaque, le meilleur moment pour lancer son offensive. Coiffé d’un bandeau, il n’est pas revêtu de la tunique ordinaire des rétiaires, ni même du subligaculum (sorte de caleçon court) mais d’un pagne, retenu par une large ceinture. Sa cuisse gauche porte un bandage terminé par un nœud un peu grossier. Il porte à l’épaule gauche un galerus, souple bouclier d’épaule, et une manica, qui protège son avant-bras gauche des coups d’épée de son adversaire. A ses pieds de solides sandales de cuir l’isolent du sable de l’arène. On ne distingue pas le pugio, ce petit poignard que le rétiaire ne dégaine qu’au moment du combat final. Mais très souvent, les rétiaires ne s’en encombraient pas.

L’Antiquité, thème inépuisable des sculpteurs
La passion des Romains pour les ludi gladiatorum, les combats de gladiateurs, nous a été rapportée par maints poètes, historiens et autres philosophes de l’Antiquité. Il semblerait que le premier ludus gladiatorum ait eu lieu à Rome en l’an 490 avant Jésus-Christ. Les Romains croyaient que verser le sang humain permettait à l’âme du défunt de s’apaiser et de gagner sans encombre l’au-delà. C’étaient principalement des prisonniers ou des esclaves qui étaient immolés. Peu à peu, le duel remplace le sacrifice et les jeux s’installent. Sour le règne de l’empereur Néron (37-68), une violence sanglante et meurtrière marque chaque jeu. Sous le règne de Titus Sennius Solemnis, au 3ème siècle, pour 32 affrontements, 8 combats à morts étaient accordés au public. Constantin devenu chrétien, en 325 après Jésus-Christ, condamne les jeux et interdit l’utilisation massive dans l’arène des prisonniers et condamnés. Mais ce n’est qu’en 404 qu’Honorius interdit formellement les combats de gladiateurs. Le Rétiaire est sans doute le plus connu et le plus fascinant des gladiateurs… Pourquoi ? Parce que combattant léger, il est opposé au Mirmillon (dont le nom a évolué en Secutor), gladiateur lourd. A la fois vulnérable par son peu d’équipement, c’est aussi le plus dangereux, car le plus léger, le plus réactif, le plus mobile. Il peut courir dans tous les sens sans se fatiguer, et épuiser son adversaire lourdement harnaché.
Le rétiaire est seulement armé d’un filet, le retia, et d’un trident, la fuscina. Il ne porte, pour toutes protections, qu’un léger bouclier d’épaule, le galerus (parfois métallique, parfois en cuir), et un protège-bras en cuir, la manica. Le galerus n’est pas des plus pratique. Il remonte haut sur la nuque du rétiaire, mais néanmoins lui offre une protection très efficace. Le rétiaire, s’il ne veut s’y cogner la tête à chaque mouvement, doit véritablement apprendre à bouger avec et « apprivoiser » son bouclier. A sa ceinture, le rétiaire porte un petit poignard, le pugio, qu’il n’utilise jamais lors du combat, seulement lors de l’assaut final.
C’est le seul gladiateur à ne pas porter de casque, le seul dont on pouvait voir le visage. Le Secutor, lui, est équipé d’un large bouclier rectangulaire, pesant au minimum 5 kg, et d’un casque (pesant lui aussi 5 kg), tellement hermétique qu’il gênait l’oxygénation du gladiateur qui n’avait que quelques minutes pour expédier son combat. Saint Isidore explique qu’en fait, il s’agit de l’affrontement de l’eau et du feu, de Neptune (le Rétiaire), contre Vulcain (le feu).
Le rétiaire tient son filet dans la main droite. Il sert à gêner un maximum son adversaire. Il peut le faire claquer au sol, en fouettant les jambes de son adversaire, voire le déséquilibrer. Il peut le lancer dans un geste qui le déploie, à la tête de son adversaire, ce qui aveugle et emprisonne l’adversaire. Cette figure nécessite une extrême habileté. Le trident est la plus redoutable des armes des gladiateurs. Long de 2 mètres, les pointes acérées, le Rétiaire le tient à deux mains, une fois qu’il a lancé son filet. Le Rétiaire l’utilise aussi bien côté pointes, que côté manche, pour frapper d’estoc (surtout dans le casque) son adversaire. D’ailleurs, très souvent, le Rétiaire a fait tailler le manche de son trident en pointe, de manière à le rendre encore plus redoutable

Pour aller plus loin
Emmanuel BENEZIT
Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs
Librairie Gründ, Paris 1976 (1ère édition 1911), 10 vol., p 188, tome 7

Anne BERNET
Les Gladiateurs
Perrin, Paris 2002, 370 pages

Anatole CHABOUILLET
Observation sur une statuette représentant un rétiaire ainsi que sur divers monuments relatifs à cette classe de gladiateurs.
In Revue Archéologique, 8ème Année, n°2 (15 octobre 1851-15 mars 1852), pp. 397-420

Silviano MATTESINI
Gladiateurs
Editions Heimdal, 2015, 239 pages.

Guillaume PEIGNE
Dictionnaire des sculpteurs Néo-baroques français (1870-1914)
Editions du CTHS, Paris 2012, 559 p. ; pp. 399-404

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