TOREADOR SPADA-MATADOR

d'Art & d'Histoire

Pierre-Jules Mêne

Maître de la sculpture animalière avec Antoine-Louis Barye, et un peu avant Emmanuel Frémiet, il n’en n’a pas moins produit deux sculptures au thème hispanisant : le Matador et un Picador à cheval.
Inspiré par son voyage sur la péninsule ibérique, au Portugal mais surtout en Espagne, et sans aucun doute par l’opéra-comique de Georges Bizet qui avait été donné pour la première fois le 3 mars 1875 à l’Opéra-Garnier.
Si le public, choqué par Carmen, femme sulfureuse et volage, Piotr Illich Tchaïkovski, Johannes Brahms et Camille Saint-Saëns ont salué sans réserve le génie de Georges Bizet, le compositeur russe prophétisant même que « d’ici 10 ans, Carmen sera l’opéra le plus célèbre de toute la planète ». Hélas, Georges Bizet ne le vérifiera jamais. Il mourut le 3 juin 1875, après seulement une trentaine de représentation de son opéra, dont le succès commençait tout juste à se révéler…
Pierre-Jules Mêne est né à Paris, et travaille très tôt dans l’atelier paternel, spécialisé dans la lustrerie. A 22 ans, il épouse Hortense Caroline Monnereau d’un an sa cadette et décide de voler de ses propres ailes. Il est attiré par la sculpture, et entre dans l’atelier du sculpteur sur bois René Compaire. C’est ainsi que sans l’avoir décidé, il se spécialise dans la sculpture animalière. Il expose aux Salons à partir de 1838, et jusqu’à sa mort, y rencontra un incontestable succès. Cependant, il fut plus considéré comme un décorateur qu’un véritable artiste, car ses sculptures, très nombreuses, étaient éditées par lui-même et ensuite diffusées à grande échelle. Cet aspect mercantile rebutait l’Institution, mais assura la fortune du sculpteur et de sa famille.

Le 3 mai 1879, Hortense Mêne s’éteint après une longue maladie. Pierre-Jules, ne sachant comment vivre sans sa compagne de plus de cinquante ans, rend son dernier souffle quelques jours plus tard, le 20 mai…

L’oeuvre : le Matador
Le combat est terminé. Le Matador a vaincu le taureau. Sous les applaudissements, il avance, encore sous le coup de la concentration du combat. Dans une main, l’épée dans l’autre, la capote de Brega, cette grande cape (plus de 2,5 mètres de large pour une hauteur de 1,25 mètre), jaune intense d’un côté, fuschia de l’autre, que le matador a déployé plus tôt, pour jouer avec le taureau, au début de la Lidia.
Sur le sable de l’arène, parsemé des traces des fers à chevaux des picadores, git un bouquet de fleurs, sans doute lancé par quelque belle pour indiquer son admiration et sans doute dans l’espoir de se faire remarquer du matador ?
Le combat est terminé, mais le Matador est encore concentré. A ses côtés les autres toréadors ou matadors (le matador est celui qui met le taureau à mort, il n’est pas forcément le toréador), les péones, les piccadores, les areneros et les monosabios qui s’agitent pour remettre l’arène en état.
Coiffé de sa montera, ce chapeau de laine bouillie noire, à l’usage exclusif des toreadors, et caractérisé par ses deux protubérances latérales, d’une castanera, ce petit chignon portent tous les toréros, il arbore son Traje de luz. Pierre-Jules Mêne a sculpté la chaquetilla, (la courte veste ajustée surchargée de broderies), le chaleco (ce gilet brodé de la même couleur que la veste), avec une telle finesse et un sens du détail si parfait qu’elle semble un véritable travail d’orfèvre. Les deux épaulettes, las hombreras, sont décorées de cabochons et se finissent sur le devant et le derrière, par deux glands décoratifs, les machos. La taille du Matador est ceinte d’une large faja, ceinture. Ses pantalons, ou plus exactement culottes, la taleguilla, sont eux-aussi très ajustés, brodés et terminés par des machos. Il n’est qu’à admirer la finesse du travail du sculpteur pour se convaincre que Pierre-Jules Mêne maîtrise son art à la perfection. La tenue du toréador est complétée par les deux paires de bas qui gainent ses jambes, et  les zapatillas, ces ballerines de cuir très souples à semelle plate permettant un déplacement facile et véloce.

Propre éditeur de ses oeuvres,  Pierre-Jules Mêne n’a toutefois fondu que très peu de Matadors, sans doute guère plus d’une dizaine. La majeure partie des Matadors édités le seront par sa propre fille, Julie (1836-1898), qui avait épousée le sculpteur Auguste Caïn (1821-1894), et qui avait pris la succession de son père dans l’édition des bronzes paternels.

Pour aller plus loin

Claude POPELIN
La tauromachie
Le Seuil, Paris 1999, 311 pages

Michel POLETTI ; Alain RICHARME
Pierre-Jules Mêne Catalogue raisonné
UDB, Paris 1993, 238 pages, ill.

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