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Le Parlementaire

Le Parlementaire

ALPHONSE DE NEUVILLE 1835-1885


Époque : circa 1872-1884

École : École française de dessin et peinture militaire

Style : Militaria

Provenance : France

Dimensions à vue
Hauteur : 23 cm
Longueur : 32 cm

Dimensions avec cadre
Hauteur : 33,5 cm
Longueur : 43,5 cm

Encadrement : Cadre doré, et passe-partout amarante à biseau blanc

Signature : Signature grattée en bas à droite, re-signé en bas au centre.

Matériau : Encre et Lavis


Zoom sur l'oeuvre


GTG201608T016

Portrait d’un patriote au grand coeur : Alphonse de Neuville

Alphonse Deneuville (c’est pour le Salon de 1864 qu’il se crée sa particule de fantaisie et devient désormais « de Neuville ») est né à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, le 31 mai 1835, fils aîné d’une fratrie de 5. Son père, Edouard-Joseph Deneuville, banquier, honorablement connu et respecté dans la cité calaisienne veut pour lui une carrière d’avocat. Bachelier à 16 ans, il poursuit ses études en classe préparatoire à l’Ecole navale de Lorient. Déjà passionné par la peinture, il est encouragé par son professeur de dessin, monsieur Duhousset. Revenu de Lorient, tout en crayonnant, il exprime le souhait d’intégrer l’armée, mais son père l’envoie à Paris où il obtient sans passion, une licence de droit. Il n’a jamais cessé de dessiner, et rencontre Eugène Delacroix. Le célèbre auteur de La Liberté guidant le Peuple lui accorde sa confiance et lui prodigue conseils et recommandations. Dans le même temps, rassuré quant aux diplômes juridiques de son fils, monsieur Deneuville l’autorise à entrer dans l’atelier de François-Edouard Picot (1786-1868). Alphonse a alors 22 ans. François-Edouard Picot lui est un peintre académique à la renommée bien établie. Peintre d’histoire néo-classique autant que portraitiste et peintre de genre, il avait obtenu en 1811, un deuxième prix de Rome grâce à son tableau L’Amour et Psyché (aujourd’hui au Musée du Louvre). Cette toile avait remporté un tel succès qu’elle avait volé la vedette à la toile éponyme du non moins célèbre Jacques-Louis David – lequel avait, en son temps, été le propre maître de François-Edouard Picot ! Alphonse de Neuville ne reste guère dans l’atelier Picot. Son père lui ayant réduit drastiquement ses subsides, il lui faut assurer son quotidien. Il s’oriente donc vers l’illustration et la gravure sur bois. C’est une pratique courante chez les peintres qui ne vendent guère de toiles, de sacrifier à l’illustration pour pouvoir vivre décemment. Alphonse de Neuville est un infatigable travailleur, mais surtout, il est passionné par son art. Il illustre sans états d’âme aussi bien l’actualité mondaine, des affiches de théâtre ou d’opéra, que des ouvrages à la mode. Il collabore aux « Bons Romans », qui publient des auteurs populaires. Il travaille également avec les éditions Calmann-Lévy, ainsi que les éditions Hertzel dont la renommée ne cesse de croître. C’est ainsi qu’il illustre, parmi tant d’autres, les romans de Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Verne. S’il n’obtient nulle reconnaissance pour ces illustrations, cette période lui permet, en plus de vivre confortablement, de perfectionner son œil et sa main. Il n’en continue pas moins à peindre des toiles, à exposer aux Salons et à obtenir un petit succès d’estime.

Ses aspirations militaires refaisant surface, il s’enrôle, en 1869, dans la Garde Mobile de Paris où il ne reste guère plus d’une année. Le siège de Paris lui fait reprendre du service à l’état-major du général Callier, comme lieutenant de génie auxiliaire sur le secteur de Belleville. Le voilà au cœur de l’action. Pendant tout le siège de Paris (17 septembre 1870-26 janvier 1871), il parcourt le secteur de Belleville, souvent au cœur même des batailles, avec toujours dans ses fontes carnets de croquis et crayons. La guerre terminée, Alphonse de Neuville se consacre à la peinture. Il a trouvé son sujet, et son talent se révèle dans toute sa plénitude.
Bivouac devant le Bourget, exposé au Salon de 1872 remporte un beau succès. L’année suivante, Les dernières cartouches lui apportent une célébrité qui ne se démentira plus et qui sera entretenu par les nombreuses toiles qu’il exposera par la suite. Ces tableaux sont extrêmement populaires en ces temps où la guerre franco-prussienne et la perte de l’Alsace-Lorraine sont encore vivaces dans les mémoires. Ils sont largement diffusés par la gravure, bouleversent un public empreint d’un sentiment d’amertume et de revanche très puissant. Certes les toiles de Neuville soulignent la défaite de la France, mais en la transcendant et exhalant par-dessus tout un très fort sentiment de patriotisme républicain et l’image d’un soldat français aguerri et héroïque.
L’œuvre d’Alphonse de Neuville rompt avec la traditionnelle peinture de bataille. Elle offre une vision de la guerre réaliste, anecdotique, mais aussi politique. Ainsi que l’écrivait son ami, le littérateur et journaliste Jules Richard (1825-1899), en conclusion de son ouvrage « En Campagne », dédié à ses œuvres, Alphonse de Neuville « est entré profondément dans le cœur de tous ceux qui aiment et respectent leur patrie malheureuse, la France, cette noble vaincue ». Il exprime l’émotion tout en respectant l’exactitude historique. Comme le résume un autre de ses amis, journaliste et chroniqueur au Figaro, Albert Wolf (1835-1891), « L’épopée de la défaite ne pouvait trouver d’artiste plus éloquent que celui-ci [Alphonse de Neuville] ; son œuvre donnait à l’orgueil blessé de la France la consolation du devoir accompli ; c’était la mise en œuvre, par un peintre ému du légendaire : Honneur au courage malheureux ! ».

Alphonse de Neuville s’éteint à Paris le 19 mai 1885, après une terrible maladie. Il n’avait pas 50 ans. L’armée lui rend les honneurs, lors de ses funérailles, en hommage à son patriotisme, en faisant défiler derrière son cercueil toutes les armes. L’un des cordons du cercueil était tenu par le Commandant Lambert, l’officier des Dernières Cartouches.

Un épisode de la guerre de 1870 : Le Parlementaire

« La guerre !… ce serait le titre qu’il conviendrait de placer en tête des œuvres d’Alphonse de Neuville. La guerre, avec ses enthousiasmes, ses enivrements, ses fureurs, ses éclaircies de joie et ses moments de lassitude, fut évidemment l’obsession continuelle de son imagination surexcitée par un patriotisme ardent (…). » Ainsi s’ouvre le livre En Campagne, rédigé par Jules Richard en 1884, reprenant des gravures d’Alphonse de Neuville. Nous y trouvons, à la page 67, hors texte, Le Parlementaire.
La porte de Longboyau, au château de Buzenval, Rueil-Malmaison est une place stratégique. Alors que Paris était assiégée par les Prussiens depuis le 19 septembre 1870, Buzenval est sur la ligne de front. Le 21 octobre 1870 : le général Louis Trochu, gouverneur de Paris, dans sa volonté de desserrer l’étau prussien autour de la Capitale, ordonne au général Auguste Ducrot une sortie en direction de Versailles dans le but de conquérir les hameaux de la Malmaison, la Jonchère et Buzenval, alors tenus par la 3ème division du 5ème Corps prussien. L’artillerie française ouvre le feu une heure après midi. Vers 5 heures, le jour déclinant, les troupes rentrent dans leur cantonnement alors que les trois hameaux ont pu être enlevés à l’ennemi. Au cours de l’après-midi, le commandant Joseph de Miribel qui tenait la porte de Longboyau, du château de Buzenval, avec ses batteries, sont surpris par des Prussiens. Les belligérants se fusillent à bout portant au travers des grilles de la porte du château. Les Prussiens constituent une masse confuse et enragée d’un côté de la grille, tandis que les Français, campés dans d’héroïques attitudes, se défendent vaillamment. Cette escarmouche leur coûtera un capitaine, dix canonniers, quinze chevaux, et, dans le désordre de l’accrochage, deux pièces de 4 qui tombent aux mains de l’ennemi.

La Peinture de guerre après la guerre de 1870-71

La Troisième République peut être considérée comme l’âge d’or de la peinture militaire représentée par des peintres tels Alphonse de Neuville en tête, mais aussi Edouard Détaille (1848-1912), Henri-Louis Dupray (1841-1909), Etienne-Prosper Berne-Bellecour (1838-1910) dont le succès rayonne tant en France qu’à l’étranger. La guerre franco-prussienne de 1870, si elle a profondément blessé l’âme patriotique des français, s’exprime abondamment par la peinture et connait un engouement particulièrement vif dans les années 1880. Dans cette France où l’humiliation de la défaite et de la perte de l’Alsace-Lorraine hante la conscience nationale, les peintres de cette génération ont su non seulement en exprimer le sentiment mais également l’exalter. Certains critiques d’art rapportent que dans les Salons, il se trouvait de nombreux visiteurs émus aux larmes par les toiles d’Alphonse de Neuville ou de ses confrères peintres militaires.
Il faut dire que tous ont pris part aux combats. Ils ne peignent pas une scène rêvée et mise en scène, mais ce qu’ils ont vu, de leurs propres yeux, avec la fougue du souvenir, avec emportement, rage, émotion. Ils rompent avec la peinture traditionnelle de batailles des peintres du Premier ou Second Empire. Elles-mêmes héritées de la peinture officielle des siècles précédents (notamment celle d’Adam-François Van Der Meulen, le peintre de batailles de Louis XIV), elles offraient à leurs spectateurs un état-major caracolant majestueusement dans la fumée d’un lointain combat, ou les journées glorieuses de l’armée française. Alphonse de Neuville et ses confrères eux, présentent une vision concrète de la guerre. Les scènes peintes sont réalistes, racontant des anecdotes de combats ou de campagnes de guerre. Le soldat est mis à l’honneur, lui, « le véritable champion et martyr de la guerre », selon les mots d’Afred de Lostalot. De Neuville, Detaille, Dupray, Berne-Bellecour et les autres forgent l’image d’un combattant français, héroïque malgré la funeste défaite.

Laissons la parole à Alphonse de Neuville : « Je désire raconter nos défaites dans ce qu’elles ont eu d’honorables pour nous, et je crois donner ainsi un témoignage d’estime à nos soldats et à leurs chefs, un encouragement pour l’avenir. Quoi qu’on en dise, nous n’avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu’il est bon de le monter ! »
La situation créée par la défaire de 1871 ne s’était jamais présentée dans l’histoire de l’art français. Les dernières défaites remontaient au Premier Empire mais avaient été soigneusement occultées par Napoléon Ier, puis par ses successeurs immédiats.
Jules Clarétie (1840-1913), figure littéraire de la vie parisienne, note le changement qui s’est opéré dans la peinture de batailles dès la reprise des Salons après la guerre, en 1872 : « La peinture belliqueuse officielle est morte. C’est, avant tout autre sujet, l’épisode poignant, l’anecdote terrible, le fait-divers ignoré et étouffé sous le fracas du combat que recherche l’artiste et qu’il s‘attache à mettre en lumière. »
Toutefois, la guerre franco-prussienne n’a fait que précipiter une évolution qui se dessinait depuis déjà une dizaine d’années, même si, pour Albert Wolf « (…) de Neuville marque une étape dans l’art français ; grâce à lui, ce qu’on appelle généralement la peinture militaire, devint le drame émouvant de la guerre même avec ses enivrements et ses angoisses. »

A voir pour découvrir ce maitre de la peinture militaire

La Défense de la Porte de Longboyau, 1879
Alphonse de Neuville
Huile sur toile, dimensions : 84X130 cm, Paris, musée de l’armée.
Ce tableau évoque un épisode de la première bataille de Buzenval, le 21 octobre 1870 : la défense de la porte de Longboyau. Le commandant Joseph de Miribel tient la porte avec ses batteries, mais voilà qu’ils sont surpris par des Prussiens. Les troupes françaises et prussiennes se fusillent à bout portant au travers des grilles de la porte du château. Les Prussiens constituent une masse confuse et enragée d’un côté de la grille, tandis que les Français, campés dans d’héroïques attitudes, se défendent vaillamment. Les Français ont perdu 1 capitaine, 10 canonniers, 15 chevaux, et, dans le désordre de l’accrochage, 2 pièces de 4 tombent aux mains de l’ennemi. Ce tableau a été considéré par les critiques comme l’un de ses chefs d’œuvre les plus absolus.

Bivouac après le combat du Bourget, (21 décembre 1870), présenté au salon de 1872
Alphonse de Neuville
Huile sur toile, dimensions : 1,10X1,63 m ; Versailles, musée du château
Avec cette toile, Alphonse de Neuville peint un autre aspect de la guerre : la vie quotidienne des soldats. Sous un ciel plombé, par un froid polaire en cet hiver particulièrement glacial, les soldats campent dans les ruines des maisons du Bourget, détruites lors de la bataille de 28-30 novembre. Certains dorment, à même le sol, ou font du feu tandis que d’autres se lancent dans la popote. Sur la droite du tableau, un Spahi aux prises avec sa cape que le vent lui rabat sur la figure caracole sur sa fougueuse monture. Petit clin du peintre à Eugène Delacroix, qui lui prodigua quelques conseils ? Le tableau fourmille de détails, dans cet enchevêtrement de clairons, tambours, chassepots, paquetages qui jonchent le sol. Enveloppés dans des grandes couvertures blanches, dans leurs capotes bleues ou rouges, les soldats se réchauffent comme ils peuvent, désespérés par toutes ces batailles perdues. Pourtant, ils sont toujours debout car l’honneur de la France l’exige. Alphonse de Neuville était présent au milieu de ses soldats éreintés, ce tableau, c’est un hommage : « Honneur au courage malheureux ! ».

Pour aller plus loin

Jules CLARETIE, L’Art français en 1872. Les peintres de guerre, In Peintres et sculpteurs contemporains, Paris 1873

JEan-François Lecaillon, Les Français et la guerre de 70, Bernard Giovanangeli éditeur, paris 2004, 999 p.

Alfred de Lostalot, « Alphonse de Neuville », Gazette des Beaux-Arts,‎ juillet 1885, p. 164-172

Henri Ortholan, La représentation de l’armée du Second Empire par la peinture, in Cahiers de la Méditerranée, 86/2011, pp. 201-216

Jules Richard ; illustration Alphonse de Neuville, En Campagne, éditions Boussod, Valadon et Cie, Paris 1884, 80p. + 60 pl., 80 gravures in et hors texte

François Robichon, Alphonse de Neuville 1835-1885, Ed. Nicolas Chaudun et Ministère de la Défense, Paris 2010, 175 p., ill. en couleurs.

François Roth, La guerre de 1870, Libraire Fayard, Paris 1990, 778 p.

Albert Wolf La Capitale de l’art, Editions Victor-Havard, 2ème édition, Paris 1886, 384 pages, De Neuville pp. 297-314

© Copyright textes et photos : Les Trésors de Gamaliel

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