Sculpteur
Emmanuel Frémiet 1824-1910
Époque
1885 création du chef-modèle en plâtre
École
École française de sculpture
Dimensions
Hauteur : environ 39,5 cm
environ 41 cm socle en marbre compris
Largeur : environ 30 cm
Socle : Ø 13,4 cm
Signature
Sur le côté de la terrasse : E. FREMIET
Numéroté
Titre
Sur le phylactère : CREDO
Matériau
Épreuve en bronze à patine médaille d’origine, reposant sur une terrasse ronde fixée sur un
socle en marbre griotte.
Composée de plusieurs pièces, le bronze est en excellent état. Aucun manque.
Artiste estimé et reconnu, Emmanuel FREMIET est un grand travailleur. Il mène une existence modeste et mesurée, à l’écart de la foule et des honneurs, toute tournée vers la sculpture et sa famille.
De haute taille, son visage est calme et peu mobile, sa moustache drue parfaitement taillée. Il est toujours vêtu goût, mais grande sobriété. D’une réserve à la limite de l’austérité, le sculpteur cultive la discrétion et la modestie ainsi qu’une grande discipline morale.
Le contraire de cabotin, il ne se livre jamais au public autrement qu’au travers de ses œuvres. Pas de bavardages, juste un travail considérable produisant de magnifiques sculptures, il n’a pas moins de 230 œuvres à son actif. Gustave LARROUMET (1852-1903), historien d’art qui le fréquente à l’Institut (Emmanuel FREMIET y est entré en 1892) dit de lui que, « le premier abord est plutôt froid, et sa parole ne va pas au-devant de la curiosité ; très poli, il risque de laisser, à qui le connaît peu, l’impression d’un timide et d’un silencieux. Cette réserve n’est que respect de soi-même : lorsqu’elle n’a pas lieu de s’exercer, dans l’intimité confraternelle par exemple, elle fait place à une courtoisie confiante. Alors il répond volontiers, si on l’interroge, et il raconte sa vie avec un tour savoureux d’ironie bienveillante et de modestie tranquille. »
Si jusqu’en 1874, son nom était bien connu de ses pairs, c’est l’inauguration de sa monumentale statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris, qui le révèle au grand public. Le sculpteur animalier de génie qu’il était, considéré comme l’égal de celui qui a tant marqué ce genre, le grand maître Antoine-Louis BARYE (1795-1875) entre par la grande porte dans le cénacle des sculpteurs monumentaux. Le Second Empire mais surtout la IIIème République lui adressent de nombreuses commandes.
Maître imagier, pour reprendre l’expression de son biographe Jacques de BIEZ, Emmanuel FREMIET sculpte avec autant de bonheur, et d’humour, quelque que soit le thème. Les doigts habiles font naître tout un monde de statuettes gracieuses, élégantes qui racontent chacune un peu de l’Histoire de France avec beaucoup de pittoresque mais surtout un réalisme et un sens du détail historique remarquables. D’ailleurs, Emmanuel FREMIET ne travaille pas dans le vide.
Avant de se saisir de son ébauchoir, il constitue ses sources et fréquente assidûment les
bibliothèques. Rien n’est laissé au hasard…
Le premier Credo a vu le jour en 1885. Réalisé en plâtre, il est exposé à Anvers. Emmanuel FREMIET en fait ensuite couler un bronze dont le succès est immédiat : il en vend 112 éditions en seulement deux ans et trois mois !
La composition de la statue est affirmée, la vision verticale étant rompue la forme horizontale composée par les deux bras et la banderole. Le reste de la statue est sobre, même si le détail est ciselé précision. L’œil ne doit être captivé que par l’allure générale du Croisé, et par la banderole qui exprime sa Foi.
Emmanuel FREMIET aimait à raconter cette petite anecdote que rapporte son petit-fils, Philippe FAURÉ-FREMIET dans son ouvrage « FREMIET», concernant l’inspiration qui l’avait guidée dans sa
création du Credo : "un soir qu'il se trouve dans son atelier, il apprend en lisant la lettre d'un ami, qu'une de ses plus ferventes prières est exaucée. Un élan de reconnaissance le dresse, tête penchée et bras en croix, récitant son Credo. En souvenir de ce moment de grâce, il a sculpté ce Credo sur lequel on retrouve les traits du sculpteurs dans ceux du Croisé."
De l'oeuvre originale aux bronzes d'édition
Face au succès remporté par ses sculptures, Emmanuel FREMIET s'associe avec un petit bronzier, Charles MORE, installé non loin de chez lui. Il édite ainsi ses œuvres en bronze. Pour les écouler, il ouvre boutique, au 42 de la rue du Temple, à Paris, que tient sa femme, Marie-Adélaïde RICOURT. Emmanuel FREMIET utilise une technique encore assez peu répandue, la technique de la cire perdue, qui offre des bronzes d'une grande qualité.
L'édition en bronze d'œuvre en plâtre ou en terre devient une industrie dans les années 1830-1840. Il s'agit de reproduire en de multiples exemplaires une œuvre unique. Le concept est tentant, et les sculpteurs s'y engouffrent. La reproduction d'une œuvre n'est pas limitée, la seule limite qu'elle ait, est liée au désintérêt du public, mais alors une autre œuvre prend le relais.
L'essor de cette nouvelle industrie est permis par la conjonction de trois évènements :
• le perfectionnement d'un système de réduction mécanique des œuvres, qui permet de
passer mécaniquement d'une échelle à l'autre ;
• l'adoption du procédé de la fonte au sable ;
• la mise au point des contrats d'édition entre l'artiste et le fondeur, ou un intermédiaire, non seulement les œuvres sont reproduites, mais certains artistes acceptent également qu'elles puissent être détournées pour devenir décoration d'horloge, pied de lampe, vase, nécessaire de bureau, et tant d'autres objets.
Les années 1890 mènent à leur apogée les bronzes d'édition. La Première Guerre Mondiale marque quant à elle, la fin de cette industrie et de ce style de décoration.
Après la mort d'Emmanuel FREMIET, les droits sur ses œuvres sont vendus par ses filles, à la très célèbre Fonderie BARBEDIENNE, qui en poursuivit désormais l'édition.