Avant la Course-Jules Moigniez

Avant la Course Jules Moigniez

Avant la Course

Sculpteur
Jules MOIGNIEZ
Senlis (Oise), 28 mai 1835
Sain-Martin-du-Tertre (Val d'Oise) en 1894

École
École française de sculpture animalière

Dimensions
Hauteur    : environ 24,5 cm
Longueur  : environ 21,5 cm
Largeur    : environ 8,5 cm

Signature
Sur le côté de la terrasse : J. Moigniez

Matériau
Bronze à patine médaillée
Composée de plusieurs pièces, la sculpture est complète

980,00 €
Quantité

Jules Moigniez, ou la brève carrière d’un sculpteur animalier pourtant fort talentueux

Jules Moigniez, un sculpteur animalier dans le vent

Jules Moigniez est né à Senlis le 28 mai 1835. De sa mère, Julie CUVINOT, née en 1807, est originaire d’un petit bourg du Val d’Oise, Saint-Martin-du-Tertre . Son père, Baptiste Constantin MOIGNIEZ, marchand grainetier au moment de la naissance de son fils, un temps tôlier, puis finalement doreur sur métaux.
Élève du jeune sculpteur animalier Paul COLOMERA (1818-1890), qui avait lui-même suivit les enseignements du grand François RUDE, Jules MOIGNIEZ présente sa première sculpture, un groupe en plâtre représentant un Chien braque arrêtant un faisan, à l’Exposition Universelle de 1855 et obtient, à celle de 1878, une mention honorable. Il expose très régulièrement jusqu’en 1892.
Peu intéressé par les fastes et les récompenses, Jules MOIGNIEZ mène une vie simple. On retrouva, après son décès, toutes ses médailles dans un coin d’un vieux poulailler qui lui servait de remise !


Sculpteur animalier, Jules MOIGNIEZ cisèle de petits bronzes décoratifs qui trouvent leurs places dans nombres d’intérieurs bourgeois. L’heure est à la mode de la chasse, et ses œuvres, des aigrettes, des faisans, des hérons, des coqs et divers autres volatiles ainsi que des chiens, des moutons, des chèvres, des bovins, des chevaux, des gazelles s’inscrivent idéalement dans ce cadre-là, et rencontrent un grand succès. Il fait également une incursion fort appréciée dans la sculpture hippique avec ses trois groupes évoquant trois moments différents de l’univers des courses hippique, en Avant, Retour au Pesage et Vainqueur.
La réussite de son fils, tant en France qu’en Angleterre ou aux États-Unis, motive suffisamment Jean-Baptiste Constantin MOIGNIEZ pour qu’il ouvre à Paris, vers 1850, une fonderie, rue Charlot, destinée à éditer les œuvres de son fils. Les bronzes de Jules MOIGNIEZ acquièrent une valeur supplémentaire par la finesse de leur ciselure et la qualité de leur patine très réputée. En 1860, alors que son père s’installe à Saint-Martin-du-Tertre, dans la Val d’Oise, pour y couler des jours paisibles bien mérités, il reprend les rênes de la fonderie.
En 1862, il remporte une médaille au Salon de Londres, et il vend plus de la moitié de sa production aux États-Unis.

Cependant, en 1869, il commence à souffrir de terribles maux de tête qui ralentissent de plus en plus son activité au fil des années. Transférée au 124 de la rue Vieille du Temple, la fonderie est désormais sous la direction de François DIECHT. Jules MOIGNIEZ ne sculpte quasiment plus, et la fonderie n’édite plus que ses modèles des catalogues anciens. L’engouement pour ses œuvres se ressentent de cette perte de nouveautés.
En 1890, sa situation financière est devenue plus que précaire, et la vie parisienne bien trop onéreuse. Le sculpteur, âgé de 55 ans, vend la fonderie à Auguste Gouge, qui continue d’éditer ses bronzes jusque dans les années 1920.
Il quitte la capitale à contrecœur, car il y laisse Adèle, veuve de Jean Baptiste COCQUART, blanchisseuse, dont il est très épris. Il s’installe néanmoins dans la grande maison familiale de la rue des Genêts, à Saint-Martin du Tertre, avec sa mère Julie CUVINOT* âgée de 82 ans.
Ses parents avaient acquis cette belle demeure en 1868. La famille est profondément ancrée dans cette petite bourgade, dont est originaire Julie CUVINOT. Le sculpteur est même membre honoraire de la fanfare.
Derrière la maison, juste à côté du poulailler, il a installé son atelier d’artiste dans un vaste hangar. Très sommairement meublé, il s’y trouve des tables sur tréteaux, un étau, un chevalet, un poêle en fonte qui ronronne l’hiver sans cependant produire une grande chaleur, disposé près d’un vieux canapé à franges à moitié avachi. Le long d’un mur, une grande armoire brune dresse sa silhouette fantomatique tandis que dans un coin, une table de ferme en bois entourée deux sièges paillés expose toutes sortes de maquettes et d’ébauches en cire et en plâtre.

Son état de santé s’aggrave, mais le décès de sa mère, au cœur de l’hiver 1892, laisse notre sculpteur désemparé, et dans une grande solitude, qu’il supporte très mal. Il rédige son testament à la faveur d’Adèle qui continue d’occuper une grande place dans son cœur, et, finalement, il se donne la mort d’une balle de revolver dans la tête, le 29 mai 1894. Il avait 59 ans.
La solitude, la maladie, mais surtout la peine d’argent l’on conduit à cet acte désespéré. Dans une lettre, il réclame l’enterrement le plus simple possible, sans personne, et de dernière classe : « Puisque je me tue parce que je n’ai pas le sou ce n’est pas l’occasion pour en dépenser aussi inutilement que dans un enterrement ».

*Julie CUVINOT, née en mai 1807, et veuve de Jean Baptiste Constantin MOIGNIEZ depuis me 29 janvier
1888, s’est éteinte le 21 janvier 1892 à l’âge de 83 ans et 8 mois. Son fils Jules fait la déclaration de décès
en personne à la Mairie.

L’univers des courses hippiques


Dans les maisons bourgeoises de la seconde moitié du 19ème siècle, il est de bon ton de pratiquer la chasse à courre, et de se rendre sur les champs de courses. Les cheminées s’ornent de chevaux en bronze qui rappellent les exploits des champions, et la beauté de ces fiers animaux.
Le 19ème porte à son apogée la représentation du cheval dans l’art, qu’elle soit picturale ou sculpturale. Certes, elle est toujours associée au domaine militaire, cependant, un nouvel intérêt pour le cheval apparait avec le développement de l’univers des courses hippiques. Peintres et sculpteurs s’emparent des champions, et leurs amateurs sont très nombreux, et de scénettes évoquant les courses. Avec le troisième tiers du 19ème siècle, le cheval, qui pourtant depuis des millénaires aide aux labours, au halage et toutes sortes de corvées, est enfin représenté dans ce travail harassant mais hélas s’amorce déjà la fin de la civilisation du cheval.

Avant la Course raconte un petit moment d’une course hippique, comme saisi au vol par Jules MOIGNIEZ. Ce moment juste avant que je jockey n’aille placer sa monture dans sa boîte de départ. De son ciseau fin et précis, il a rendu toute la finesse, la noblesse et l’énergie encore retenue du cheval, ses muscles saillants mais élégants, ses membres longs et secs, sa tête fine légèrement tournée. Cette justesse témoigne de tout le talent animalier du sculpteur.
Le jockey, vêtu de la casaque traditionnelle, adopte une posture expressive qui donne du mouvement au groupe : la main portée au front, il scrute l’horizon pour observer ses adversaires. Ce geste, à la fois naturel et narratif, introduit une dimension de mouvement suspendu et suggère l’instant d’attente avant la cours ou la reconnaissance du terrain.
De son autre main, il tient fermement les rênes, maîtrisant sa monture excitée par l’attente de la course.
La composition est équilibrée : la stabilité du cheval contraste avec le geste dynamique du cavalier, ce qui anime l’ensemble sans rompre l’harmonie. En Avant illustre parfaitement cet engouement de la seconde moitié
du 19ème siècle pour à la fois le monde des courses, la discipline sportive et son admiration pour le cheval.

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