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Jehanne au Sacre_ Andre Vermare

Jehanne d'Arc au Sacre _ André Vermare

Sculpteur
André Vermare
Lyon 1869
Île de Bréhat 1949

Époque d’activité
1892 - 1934

École
École française de sculpture

Date
1909

Dimensions
Hauteur : environ 55 cm
Profondeur : environ 14 cm
Terrasse à pan abattus : 11 X 11 cm

Signature
Sur le côté gauche de la terrasse : AVermare

Matériau
Épreuve en bronze à patine médaillé.
La sculpture est complète

1 200,00 €
Quantité

André Vermare : Le ciseau de la République et du Sacré

André César Vermare naissait le 27 novembre 1869, au numéro 4 de la rue Saint-Étienne, à l’ombre de la cathédrale Saint Jean-Baptiste, dans le 4ème arrondissement de Lyon. Issu d’une famille de viticulteurs beaujolais, son père, Pierre Vermare, sculpteur, était à la tête d’une entreprise prospère d’Art Sacré, combinant statuaire, orfèvrerie et bronzes religieux. Sa mère, Anna Petreling, originaire de Nantua et fille d’un conducteur des Ponts et Chaussées, tenait la magasin sis au-dessous de de leur logement.
À 16 ans, André Vermare intégrait l’École des Beaux-Arts de Lyon où il était admis dans l’atelier de Charles Dufraine (1827 – 1900). Il y resta quatre ans, jusqu’à ce qu’il rejoigne, le 5 novembre 1889 le 22ème régiment d’Infanterie, pour effectuer son service militaire. Nommé caporal, le 15 mai 1890, il était affecté au 53ème Régiment territorial d’Infanterie de Lons-le-Saunier. Il était rendu à la vie civile le 15 novembre 1890.
Sitôt libéré, il s’installe à Paris où, admis à l’École des Beaux-Arts, il intègre l’atelier du très célèbre sculpteur toulousain Alexandre Falguière (1831 – 1900), mais travaille également dans ceux de Laurent Marquestre et Alfred Lanson. En 1892, il présente au Salon de la Société des artistes français sa première sculpture, Le poème de la femme (plâtre, sous le numéro 3173), inspiré du recueil de poésie de Théophile Gautier, Émaux et Camées, paru en 1852 pour laquelle il obtiendra d’emblée une Mention Honorable.

Il exposa ensuite régulièrement au salon, jusqu’en 1934. Sa réputation franchit les murs de l’École, il mit son ciseau à contribution pour honorer de nombreuses commandes de municipalités. Ce qui ne l’empêcha nullement d’obtenir le second prix de Rome en 1897, puis l’année suivante, le premier prix. Il quitte l’atelier de son maître pour la Villa Médicis, à Rome.
Les réalisations sculpturales se succèdent : une statue en pied du bienheureux Jean-Marie Vianney, le célèbre Curé d’Ars, qui d’ailleurs vaut au sculpteur les éloges du pape Pie X ; le monument à Notre-Dame de la Salette, en Ardèche ; le monument à Sadi Carnot à Saint-Chamond ; celui aux Combattants de 1870-71 à Saint-Étienne ; celui au cardinal archevêque de Montréal Elzéar-Alexandre Taschereau ; celui aux Diables bleus, surnomdonné aux chasseurs alpins ayant participé aux combats de la montagne vosgienne, au ballon de Guebwiller ; le monument au maire Gailleton, sa fameuse statue de Jeanne d’Arc, maintes fois reproduite en format monumental par fabrication industrielle pour les églises, la statue de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial et celle de Jean-Anthelme Brillat-Savarin à Belley, les bustes du père Chevrier à Limonest, du chansonnier et poète Xavier Privas à Lyon, d’Ampère, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Lyon. Sans
compter nombre de petits bronzes. Sans oublier non plus une autre Jeanne d’Arc, Jeanne d’Arc bergère, initialement réalisée par André Vermare et la fonderie Rudier, pour le Grand Séminiaire de Francheville, puis donnée par l'archevêché en 1941, à la paroisse Sainte Jeanne d’Arc dans le quartier Montchat où elle est installée à gauche de l'entrée. Elle n'a été mise en place qu'en 1945. La statue a perdu l'étendard que la bergère brandissait, abandonnant sa quenouille à ses pieds.
Le 20 juillet 1907, André Vermare épousait une jeune nivernaise aux lointaines origines polonaises, Victoire Savieski, fille d'un boucher installé à Paris.
En septembre 1914, André Vermare, alors qu’il a 45 ans, est rappelé sous les travaux par ordre de mobilisation générale.

Attiré par la beauté sauvage de la Bretagne, André Vermare achetait entre 1906 et 1910 une ferme et des terrains sur l'île de Bréhat, dans les Côtes-du-Nord, pour y faire construire une résidence d'été. Trente ans plus tard, en 1940, alors que les bruits de la Seconde Guerre mondiale grondent, le sculpteur décide de quitter définitivement Paris pour se retirer dans son havre de paix de l'île de Bréhat où il s’éteignait 9 ans plus tard, à l’âge de 79 ans, le 7
août 1949.

La carrière d’André Vermare fut émaillée de nombreuses distinctions : mention honorable reçue au Salon de 1892 ; une médaille de troisième classe à celui de 1898 ; une médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1900 ; une médaille de seconde classe au Salon de 1905 ; une médaille de première classe à celui de 1906. Il fut fait Chevalier de la Légion d’honneur 1914 puis Officier en 1928 ainsi qu’Officier de l’Instruction publique. Il fut décoré de l'ordre du Nicham Iftikar ( ordre tunisien dont le nom signifie "Ordre de la victoire" fut créé en 1837 par le Bey de Tunis Ahmed 1er, attribué au titre civil comme au titre militaire à de nombreux français).

Jehanne d'Arc au Sacre

Destinée à l’église Saint-Louis-des-Français de Rome, la statue est sculptée à l’occasion de la béatification de Jeanne d’Arc, en 1909. André Vermare la présente au Salon la même année.
Revêtue d’une armure et d’une côte fleurdelisée, tête nue, l’épée au côté, Jehanne d’Arc, serre contre son cœur le manche de son oriflamme portant sa devise « Jhesus Maria », le regard perdu au loin, comme se remémorant la longue qui a mené à cet instant précis : le sacre de Charles VII.
Ce modèle a été popularisé par plusieurs fabricants de statues, dont le frère du sculpteur, le lyonnais Frédéric Vermare, et la maison parisienne Saudinos-Ritouret (sise aux 2-4-6 place Saint Sulpice) et dont le site de fabrication se trouvait à Vertolaye, dans le Puy-de-Dôme. On le retrouve dans de très nombreuses églises paroissiales, dans ou aux pieds de cathédrales de France, et même jusqu’au Québéc.

Jeanne d’Arc, mythe fondateur de la Troisième République

Qui ne connait pas Jeanne d’Arc, la petite lorraine qui sauva le Royaume de France ?

Née au cœur de la guerre de Cent Ans, en 1412, dans le petit village vosgien de Domrémy, Jeanne entend, à 13 ans, des voix célestes lui demandant de libérer le Royaume de France de son ennemi anglais. Partie de rien, elle galvanise les armées françaises et le roi lui-même jusqu’à sa capture, en 1430. Accusée d’hérésie, elle est condamnée, et brûlée vive le 30 mai 1431 sur la place du Vieux Marché, à Rouen.

Plus ou moins oubliée des siècles précédents, dès le début du 19ème siècle, elle devient une figure très populaire, admirée et aimée des Français dans un élan très romantique qui s’est renforcé de sentiments patriotiques à la fin du siècle et les malheurs de 1871. Les facettes si contradictoires de la petite Lorraine fascinent : fille du peuple vertueuse et modeste, elle est une guerrière acharnée ; fervente chrétienne, elle est condamnée par l’Église ; dévouée à son Roi, elle est trahie par lui. L’historien Jules Michelet n’est pas étranger à ce regain d’intérêt pour la personnalité de Jeanne d’Arc. En 1841, dans le livre V de son Histoire de France, il met en avant sa figure héroïque qui s’impose par son exemplarité. La vierge guerrière des Marches de Lorraine est la libératrice. À sa voix, la France se réveille, réunit ses troupes. L’espérance renait dans les cœurs jusqu’à la victoire.

Toute une littérature historique se développe autour de ce thème, qui est porté à son paroxysme après la défaite de 1871. Les politiques s’en emparent. Héroïne historique et mythe fondateur, Jeanne d’Arc participe, après la chute du Second Empire, au fort mouvement nationaliste qui s’installe en France. Elle symbolise l’espérance et la revanche des Français. Dans toutes les villes de France, des statues monumentales de l’héroïne de Domrémy s’élèvent. Dans la capitale, quatre statues la représentant sont érigées entre 1874 et 1900. Dans les Vosges, à la Jumenterie (au sommet du Ballon d’Alsace), un industriel de la région, Napoléon Marchal, commande en 1909, à Mathurin Moreau (1822-1922) une statue équestre de Jeanne d’Arc. Sur son cheval cabré, Jeanne d’Arc en armure, tend son étendard comme pour dire « Tout n’est pas perdu » ! Et c’est exactement le message que l’industriel vosgien veut faire passer. Fervent patriote, il entend à la fois faire un pied de nez à la Prusse (la statue, orientée au nord, tournait ainsi délibérément le dos à l’ennemi héréditaire) et créer l’espoir chez les Lorrains et les Alsaciens réfugiés dans la vallée de la Moselle après l’annexion de leurs régions par les Prussiens. Lorsqu’en 1918, elles réintégrèrent la France, la statue de Jeanne d’Arc fut retournée vers l’Est, regardant désormais vers une Europe pacifiée et pacifique.
Et elle inspire, Jeanne d’Arc, les écrivains, les journalistes, les politiques, et les artistes. Son effigie investit les monuments publics, aussi bien laïques que religieux, ainsi que les espaces privés des maisons. Peintres et sculpteurs s’emparent de son image, la représentant en armure, portant les éperons (symbole de la chevalerie), l’étendard, brandissant son l’épée, en simple bergère de Domrémy, modestement vêtue, à pied, en prière, à cheval, et même en prisonnière, comme en 1894 la Jeanne d’Arc du sculpteur Louis-Ernest Barrias (1841-1905). Elle est aussi mise en poème, en pièce de théâtre, en roman, et même en opéra (Michele Carafa en 1845, Giuseppe Verdi la même année, Charles Gounod en 1873, Auguste Mermet en 1876 et Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1878).

Nul ne se lasse de son culte, certains demandent même qu’une fête nationale lui soit dédiée, et chômée à l’égal du 14 juillet ! La piété patriotique autour de la bergère de Lorraine trouve son apogée entre 1871 et 1914. Déjà « sainte » laïque, l’Église la béatifie en 1909 puis canonise au sortir de la Grande Guerre, en 1920.

© Copyright textes et photos : Les Trésors de Gamaliel

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