Artiste
Louis Vidal
Nîmes, mardi 6 décembre 1831 – Paris 12ème, samedi 7 mai 1892
École
École de sculpture française de sculpture animalière
Dimensions
Hauteur totale : 15 cm env.
Terrasse rectangulaire : 8,8 X 4,4 cm
Poids : 638 grammes
Signature
signé sur le motif Vidal aveugle
Matériau
Épreuve en bronze à patine médaillée.
Fonte d’édition ancienne
Quelle étonnante destinée que celle du sculpteur animalier Louis Vidal !
Fils naturel d’une couturière, Sophie dite NAVATEL, elle-même fille naturelle d’Agnès VIDAL, il est atteint de cécité profonde à l’âge de 28 ans. Il n'en poursuivit pas moins la carrière de sculpteur, dans un monde pourtant si peu fait pour les aveugles, entouré des siens et d’amis sincères, mais aussi et surtout grâce à son immense talent !

Ce cévenole, né à Nîmes le 6 décembre 1831, fut élevé par sa mère Sophie NAVATEL et son époux le peintre Alexandre-Marie COLIN. Celui-ci avait déjà 4 filles de son premier mariage avec Marie JUHEL, peintre elle-aussi, décédée en 1837. Sophie, de son côté, avait une fille aînée, en plus de Louis, Clothilde, dont le fils Alexandre CUVELIER, sera lui-aussi peintre. Un fils naquit de l’union d’Alexandre et de Sophie, Paul-Alfred COLIN (né à Nîmes le 19 octobre 1838, mort à Paris en 1916), qui, embrassera la profession de son père, mais spécialisé dans les peintures marines et de paysage. Il enseigna le dessin à l'École Polytechnique, épousa de Sara DEVÉRIA(1838-1914), fille du peintre Achille DEVÉRIA et dont le fils, André Gabriel, sera peintre animalier et graveur, et la fille, Hélène, épousa le peintre Albert FOURIÉ.
Pour en revenir à Louis, il révéla très tôt un talent certain pour la sculpture. Le Conseil Municipal de Nîmes lui accorda une pension lui permettant de s’établir à Paris. Ce fut ainsi qu’il entra dans l’atelier d’Antoine-Louis Barye puis dans celui de Pierre-Louis Rouillard, célèbres sculpteurs animaliers.
Mais alors qu’il atteignait ses 22 ans, une maladie des yeux progressivement lui fit perdre sa vision. Six ans plus tard, il était totalement aveugle. Passionné par son art, acharné à réussir malgré sa cécité, il remplaça la vue par le toucher.
En 1855, pas encore complètement aveugle, il avait présenté à l’Exposition Universelle une panthère couchée, qui était acquise par l’État. En 1859, c’était une biche couchée qu’il exposait au Salon. Cette petite œuvre, toute en délicatesse et finesse appartenait à Son Altesse Impériale Jérôme Napoléon. Il participa aux Salons assez régulièrement jusqu’en 1882. L’année1861 valida une reconnaissance qu’il avait déjà par une médaille de Troisième Classe, et un rappel deux ans plus tard, en 1863.
Après 1859, malgré tout handicapé de ne pouvoir appréhender ses œuvres dans leur globalité, il collabora activement avec Alfred BARYE, le fils de son maître, et put ainsi poursuivre une belle carrière. La princesse Mathilde l’estimait grandement et exerçait sur lui une protection artistique. La famille Rothschild également appréciait les œuvres de Louis Vidal, mais aussi l’homme passionné et acharné à poursuivre sa carrière de sculpteur malgré tout. Elle lui acheta nombre de ses sculptures, en plus de lui verser, jusqu’à la fin de sa vie, et en toute discrétion, une petite rente. Connu comme le sculpteur aveugle, l’État acquit plusieurs de ses œuvres que l’on peut aujourd’hui admirer dans divers musées (celui d’Orléans, de Nantes, de Nîmes, de Bordeaux, de Dreux, au Musée d’Orsay…).
En 1888, alors qu’il avait 57 ans, il est nommé au poste de professeur de modelage à l’École Braille. Malheureusement sa santé se dégrada assez rapidement, et il fut contraint d’entrer à l’hospice des Quinze-Vingt, où il s’éteignait le samedi 7 mai 1892.
Dressé sur ses ergots, le cou étiré et la crête hérissé, le torse bombé, le cou tendu et la tête légèrement relevée vers la droite Louis VIDAL, malgré sa cécité, nous livre un coq dans la posture dominante du roi de la basse-cour, qu’il a su capturer dans son attitude fière et vigilante. L’habileté de son savoir-faire et sa science du modelé en font une œuvre digne des bestiaires de ses maîtres !
Observez le travail du plumage est très détaillé, en particulier au niveau du camail (les plumes du cou), des lancettes mais aussi du plumage des ailes, la crête et les barbillons dont les reliefs sont ciselés avec finesse.
Admirez la courbe élégante de la queue qui déploie ses faucilles et rectrices vers l'arrière, équilibrant ainsi la silhouette massive du plastron.
© Copyright textes et photos : Les Trésors de Gamaliel