Jeanne d'Arc à genoux - Emmanuel Fremiet

Jeanne d'Arc à genoux - Emmanuel Fremiet

Jeanne d’Arc à genoux

Sculpteur
Emmanuel Fremiet 1842-1910

Époque
1875 pour le chef modèle

École
École française de sculpture

Dimensions
Hauteur : env. 44cm
Longueur : env. 23,5 cm
Largeur : env. 14,5 cm

Signature
Sur la terrasse : E. Frémiet

Matériau
Épreuve en biscuit de Sèvres
La statue est en bon état sans ébréchures.
L’épée fait défaut. Elle repose sur une terrasse rectangulaire.

1 050,00 €
Quantité

Emmanuel Fremiet, un « maître imagier »
     Artiste estimé et reconnu, Emmanuel FREMIET est un grand travailleur. Il mène une existence modeste et mesurée, à l’écart de la foule et des honneurs, toute tournée vers la sculpture et sa famille.
De haute taille, son visage est calme et peu mobile, sa moustache drue parfaitement taillée. Il est toujours vêtu goût, mais grande sobriété. D’une réserve à la limite de l’austérité, le sculpteur cultive la discrétion et la modestie ainsi qu’une grande discipline morale. On peut retrouver son visage un peu sévère, sa silhouette fine et élégante au cœur du Jardin des Plantes, belle œuvre du sculpteur Henri GREBER,1854-1941.
Le contraire de cabotin, il ne se livre jamais au public autrement qu’au travers de ses œuvres. Pas de bavardages, juste un travail considérable produisant de magnifiques sculptures, il n’a pas moins de 230 œuvres à son actif. Gustave LARROUMET (1852-1903), historien d’art qui le fréquente à l’Institut (Emmanuel FREMIET y était entré en 1892) dit de lui que, « le premier abord est plutôt froid, et sa parole
ne va pas au-devant de la curiosité ; très poli, il risque de laisser, à qui le connaît peu, l’impression d’un timide et d’un silencieux. Cette réserve n’est que respect de soi-même : lorsqu’elle n’a pas lieu de s’exercer, dans l’intimité confraternelle par exemple, elle fait place à une courtoisie confiante. Alors il répond volontiers, si on l’interroge, et il raconte sa vie avec un tour savoureux d’ironie bienveillante et de modestie tranquille. »
Si jusqu’en 1874, son nom était bien connu de ses pairs, c’est l’inauguration de sa monumentale statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris, qui le révèle au grand public. Le sculpteur animalier de génie qu’il était, considéré comme l’égal de celui qui avait tant marqué ce genre, le grand maître Antoine-Louis BARYE (1795-1875) entre par la grande porte dans le cénacle des sculpteurs monumentaux. Le Second Empire, mais surtout la IIIème République, lui adressent de nombreuses commandes.
     Maître imagier, pour reprendre l’expression de son biographe Jacques de BIEZ, Emmanuel FREMIET sculpte avec autant de bonheur, et d’humour, quelque que soit le thème. Les doigts habiles font naître tout un monde de statuettes gracieuses, élégantes qui racontent chacune un peu de l’Histoire de France avec beaucoup de pittoresque mais surtout un réalisme et un sens du détail historique remarquables. D’ailleurs, Emmanuel FREMIET ne travaille pas dans le vide. Avant de se saisir de son ébauchoir, il constitue ses sources et fréquente assidûment les bibliothèques. Rien n’est laissé au hasard…

Jeanne d’Arc, mythe fondateur de la Troisième République
     Qui ne connait pas Jeanne d’Arc, la petite lorraine qui sauva le Royaume de France ?
Née au cœur de la guerre de Cent Ans, en1412, dans le petit village vosgien de Domrémy, Jeanne entend, à 13 ans, des voix célestes lui demandant de libérer le Royaume de France de son ennemi anglais. Partie de rien en l’an de grâce 1429, elle galvanise les armées françaises jusqu'aule roi lui-même jusqu’à sa capture, en 1430. Accusée d’hérésie, elle est condamnée, et brûlée vive le 30 mai 1431
sur la place du Vieux Marché, à Rouen.
Plus ou moins oubliée des siècles précédents, dès le début du 19ème siècle, elle devient une figure très populaire, admirée et aimée des Français dans un élan très romantique qui s’est renforcé de sentiments patriotiques à la fin du siècle et les grands malheurs de 1871. Les facettes si contradictoires de la petite Lorraine fascinent : fille du peuple vertueuse et modeste, elle est une guerrière acharnée. Fervente chrétienne, elle est condamnée par l’Église. Dévouée à son Roi, elle est trahie
par lui.
     L’historien Jules Michelet n’est pas étranger à ce regain d’intérêt pour la personnalité de Jeanne d’Arc. En 1841, dans le livre V de son Histoire de France, il met en avant sa figure héroïque qui s’impose par son exemplarité. La vierge guerrière des Marches de Lorraine est la libératrice. À sa voix, la France se réveille, réunit ses troupes. L’espérance renait dans les cœurs jusqu’à la victoire. Toute une littérature historique se développe autour de ce thème, qui est porté à son
paroxysme après la défaite de 1871. Les politiques s’en emparent. Héroïne historique et mythe fondateur, Jeanne d’Arc participe, après la chute du Second Empire, au fort mouvement nationaliste qui s’installe en France. Elle symbolise l’espérance et la revanche des Français. Dans toutes les villes de France, des statues monumentales de l’héroïne de Domrémy s’élèvent. Dans la capitale, quatre statues la représentant sont érigées entre 1874 et 1900.
Dans les Vosges, à la Jumenterie (au sommet du Ballon d’Alsace), un industriel de la région, Napoléon MARCHAL, commande en 1909, à Mathurin MOREAU (1822-1912) une statue équestre de Jeanne d’Arc. Sur son cheval cabré, Jeanne d’Arc en armure, tend son étendard comme pour dire « Tout n’est pas perdu » ! Et c’est exactement le message que l’industriel vosgien veut faire passer. Fervent patriote, il entend à la fois faire un pied de nez à la Prusse (la statue, orientée au nord, tournait ainsi délibérément le dos à l’ennemi héréditaire) et créer l’espoir chez les Lorrains et les Alsaciens réfugiés dans la vallée de la Moselle après l’annexion de leurs régions par les Prussiens. Lorsqu’en 1918, elles réintégrèrent la France, la statue de Jeanne d’Arc est retournée vers l’Est, regardant désormais vers une Europe pacifiée et pacifique.
     Et elle inspire, Jeanne d’Arc, les écrivains, les journalistes, les politiques, et les artistes. Son effigie investit les monuments publics, aussi bien laïques que religieux, ainsi que les espaces privés des maisons. Peintres et sculpteurs s’emparent de son image, la représentant en armure, portant les éperons (symbole de la chevalerie), l’étendard, brandissant son l’épée, en simple bergère de Domrémy, modestement vêtue, à pied, en prière, à cheval, et même en prisonnière, comme en 1894 la Jeanne d’Arc du sculpteur Louis-Ernest BARRIAS (1841-1905). Elle est aussi mise en poème, en pièce de théâtre, en roman, et même en opéra (Michele CARAFA en 1845, Giuseppe VERDI la même année, Charles Gounod en 1873, Auguste MERMET en 1876 et même le russe Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKY en 1878).
Nul ne se lasse de son culte. Certains demandent même qu’une fête nationale lui soit dédiée, et chômée à l’égal du 14 juillet ! La piété patriotique autour de la bergère de Lorraine trouve son apogée entre 1871 et 1914. Déjà « sainte » laïque, l’Église la béatifie en 1909. Elle sera canonisée au sortir de la Grande Guerre, en 1920.

Jeanne d’Arc à genoux
     Créée l’année suivante de sa Jeanne d’Arc équestre, Emmanuel FREMIET sculpte, avec cette version, une Jeanne d’Arc priante, recueillie, et plus féminine avec ses cheveux détachés malgré son armure encore portée. Il l'envisage au départ comme une statue tombale, cependant, aucune commande ne vient jamais. Aussi, alors qu'il collabore épisodiquement avec la manufacture de Sèvres, Emmanuel FREMIET en propose le modèle en 1898. En biscuit, la statuette rencontre alors un succès discret. La manufacture de Sèvres l'édite jusqu’en 1942. Cette version en Sèvres d’une œuvre d’Emmanuel FREMIET reste néanmoins extrêmement rare.
     La position à genoux, qui incline fortement le corps de Jeanne d'arc vers l’arrière, met en avant les mains jointes en prière de Jeanne d’Arc. Le caractère recueilli de la Pucelle d'Orléans en est ainsi accentué. Sa silhouette longiligne traduit la puissance de la Foi de Jeanne d'Arc, et l'élévation de son âme vers le Ciel.

Cette Jeanne d'Arc à genoux en biscuit de Sèvres est une version très rare de l'oeuvre d'Emmanuel FREMIET, à la fois par son matériau et par son traitement.

Bibliographie

    Autour d'Emmanuel FREMIET

La Main et le Multiple
Catherine Chevillot
Catalogue des expositions de Dijon et Grenoble, 1988-89, 215 pages
pp. 129

Fremiet
Léon PLÉE,
In Les Annales Politiques et Littéraires, 2ème année, n° 1421, 8 septembre 1910
p. 281

Emmanuel Fremiet
Jacques de BIEZ
Paris, édition Jouve & Cie, 1910 (Prix de l’Académie française en 1912), 287 pages

Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours
Émile Bellier de la Chavignerie continué par Louis Auvray
Paris, Librairie Renouard, 1882-1887, 2 tomes, A_LYO 1070 p. ; M-Z 732 p.

  Autour de Jeanne d'Arc

Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc
Pascal-Raphaël Ambrogi ; Mgr Dominique Le Tourneau
Paris, Desclée de Bouwer, 2017, 2016 p.

Jeanne d’Arc Histoire et dictionnaire
Philippe Contamine et Alii
Paris, Bouquins, 1216 p.

Jeanne d’Arc
Jules Michelet
Rennes, Les Perséides, 2005, 160 pages (1ère édition 1841, tome V de son Histoire de France ; édition séparée 1853)

Le roman de Jeanne d’Arc
Philippe de Villiers
Éditions Litos, 2024, 544 pages

Jeanne d’Arc
Régine Pernoud ; Marie-Véronique Clin
Paris, Fayard, 1986, 447 p.

La Guerre de Cent ans
Jean Favier
Paris, Fayard, 1980, 678 pages

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