Sculpteur
Emmanuel Frémiet 1824-1910
Époque
1875 création du chef-modèle en bronze, exposé au Salon de 1879
Emmanuel Frémiet modifie son modèle en 1897
Provenance
France
École
École française de sculpture
Hauteur : environ 30 cm
Largeur : env. 15 cm cm
Profondeur : 6 cm
Socle : 6,5 X 6,5 kg
Poids : 1272 gr
Signature
Aux pieds de Saint Michel : E. FREMIET
Numéroté au dos de la base : 96
Sur l’arrière de la terrasse : Morel - Goyez Lille (qui fait référence à la maison de vente d'objets pour intérieurs bourgeois à la fin du XIXème à Lille et qui apposée son éstampille).
Matériau
Épreuve en bronze à patine dorée d’origine, reposant sur une terrasse ronde fixée sur un socle en bronze également.
Composée de plusieurs pièces, le bronze est complet.
Artiste estimé et reconnu, Emmanuel Frémiet est un grand travailleur. Il mène une existence modeste et mesurée, à l’écart de la foule et des honneurs, toute tournée vers la sculpture et sa famille.
De haute taille, son visage est calme et peu mobile, sa moustache drue parfaitement taillée. Il est toujours vêtu goût, mais grande sobriété. D’une réserve à la limite de l’austérité, le sculpteur cultive la discrétion et la modestie ainsi qu’une grande discipline morale.
Le contraire de cabotin, il ne se livre jamais au public autrement qu’au travers de ses œuvres. Pas de bavardages, juste un travail considérable produisant de magnifiques sculptures, il n’a pas moins de 230 œuvres à son actif. Gustave Larroumet (1852-1903), historien d’art qui le fréquente à l’Institut (Emmanuel Frémiet y est entré en 1892) dit de lui que, « le premier abord est plutôt froid, et sa parole ne va pas au-devant de la curiosité ; très poli, il risque de laisser, à qui le connaît peu, l’impression d’un timide et d’un silencieux. Cette réserve n’est que respect de soi-même : lorsqu’elle n’a pas lieu de s’exercer, dans l’intimité confraternelle par exemple, elle fait place à une courtoisie confiante. Alors il répond volontiers, si on l’interroge, et il raconte sa vie avec un tour savoureux d’ironie bienveillante et de modestie tranquille. »
Si jusqu’en 1874, son nom était bien connu de ses pairs, c’est l’inauguration de sa monumentale statue équestre de Jeanne d’Arc, place des Pyramides à Paris, qui le révèle au grand public. Le sculpteur animalier de génie qu’il était, considéré comme l’égal de celui qui a tant marqué ce genre, le grand maître Antoine-Louis Barye (1795-1875) entre par la grande porte dans le cénacle des sculpteurs monumentaux. Le Second Empire mais surtout la IIIème République lui adressent de nombreuses commandes.
Maître imagier, pour reprendre l’expression de son biographe Jacques de Biez, Emmanuel Frémiet sculpte avec autant de bonheur, et d’humour, quelque que soit le thème. Les doigts habiles font naître tout un monde de statuettes gracieuses, élégantes qui racontent chacune un peu de l’Histoire de France avec beaucoup de pittoresque mais surtout un réalisme et un sens du détail historique remarquables. D’ailleurs, Emmanuel Frémiet ne travaille pas dans le vide. Avant de se saisir de son ébauchoir, il constitue ses sources et fréquente assidûment les bibliothèques. Rien n’est laissé au hasard…
Emmanuel Frémiet produit, en 1879, une statue de saint Michel terrassant le mal. Saint Michel est une figure tutélaire de la France. Grand archange de Dieu est le plus puissant et le plus beau de tous les anges du Ciel. Lors de la rébellion des anges déchus, il combat Lucifer, et le précipite hors du Ciel.
Il est l’Ange protecteur, en veillant sur l’Abbaye du Mont Saint-Michel, il étend son aura sur la France entière. C’est lui qui guide Jeanne d’Arc quand elle se lance à la reconquête du Royaume de France pour Charles VII.
Silhouette fine et dynamique, saint Michel, revêtu d’une cuirasse et d’une cotte de mailles, ses ailes déployées avec majesté, lève haut dans un geste assuré de sa main droite son épée. De sa main gauche, il présente sa targe (petit bouclier) au serpent à tête d’homme ornée de deux cornes qui représente Lucifer, l’ange déchu, le mal. La statue éditée par Charles More est exposée au Salon de 1879, plaît. C’est ainsi que l’architecte Victor Petitgrand (1841-1898) qui a en charge la restauration du Mont Saint Michel, commande à Emmanuel Frémiet une statue de saint Michel qui ferait une hauteur de 2,20 mètres. Pour se conformer aux exigences liées à l’architecture, le sculpteur modifie le socle, et transforme le serpent à tête d’homme en dragon effrayant.
La magnifique statue équestre de Jeanne d’Arc qui scintille au soleil place des Pyramides, à Paris, juste en face des Tuileries une fois traversée la rue de Rivoli, vous la connaissez bien sûr. Mais saviez-vous qu’elle était l’œuvre d’Emmanuel Frémiet ?!
Le pont Alexandre III et ses 4 Renommées qui retiennent un Pégase déployé prêt à s’envoler au plus haut des nuages, qui ne les connaît pas ! Saviez-vous que les deux qui ornent les pylônes de la rive droite (la Renommée des Sciences en amont et la Renommée des Arts, en aval) sont d’Emmanuel Frémiet ?
Emmanuel Frémiet, ce sculpteur infatigable dont on peut retrouver le visage mobile et sévère, la silhouette fine mais vêtue avec grand raffinement, a sa propre statue (œuvre d’Henri Greber,1854-1941), au cœur du Jardin des Plantes.
Ce Jardin des Plantes qui était un peu son fief abrite son Dénicheur d’Ourson, tandis que sur la façade de la Galerie d’anatomie comparée de Paléontologie et d’Anthropologie, un haut relief déploie un chasseur d’ours qui nous rappellent tout l’humour du sculpteur et toute sa maîtrise de la sculpture animalière.
Nous en sommes déjà à quatre sculptures monumentales d’Emmanuel Frémiet qui ornent différents jardins ou monuments de Paris. Et ce n’est pas tout !
Au milieu du cour de la Reine (8ème arrondissement), entre la place de la Concorde et la place du Canada, se dresse la monumentale statue équestre de Simon Bolivar (1783-1832), libérateur des pays andins.
Plus en aval, Quai Anatole France sur l’esplanade du Musée d’Orsay, c’est son Jeune éléphant pris au piège qui accueille les visiteurs du musée dans un effroyable barrissement muet de détresse… Il provient du décor du Palais du Trocadéro, construit pour l’Exposition Universelle de 1878.
Les chevaux, dauphins et tortues, (on retrouve là notre Frémiet sculpteur animalier) qui ornent le bassin de la Fontaine des Quatre Parties du Monde (aussi appelée Fontaine Carpeaux) égaient depuis 1875 le carrefour de l’Observatoire (6ème).
Quant à Saint Michel terrassant le dragon, il se dresse au sommet de l’église des Batignolles.
La réputation d’Emmanuel Frémiet a largement dépassé les murs de Paris. On trouve de ses statues monumentales dans de nombreuses villes ou lieux de France, Nancy, Compiègne, Saint-Etienne, Castres, Lille, le château de Pierrefonds. Le Mont Saint-Michel est dominé par l’archange saint-Michel terrassant le dragon (le même que celui des Batignolles).
Il est donc logique que l’on trouve des statues monumentales de Frémiet partout dans le monde : en Roumanie, en Egypte (Ferdinand de Lesseps, à Port Fouad, au débouché du Canal de Suez dans la Méditerranée), aux Etats-Unis (New Orleans, Baltimore, Portland (Oregon), Philadelphie etc…, en Colombie, et jusqu’en Australie !
Fiche technique