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De Garde - C. d'Astanières

De Garde - C. d'Astanières

Sculpteur
Clément d’Astanières 1841 – 1918  

Époque
Circa 1860-1865 pour le chef modèle

Provenance
France

École
École française de sculpture

Dimensions
Hauteur : env. 26 cm
Terrasse : env. 9 X 9 cm

Poids : 1,562 kg

Signature
Sur la tranche de la terrasse : C d’Astanières

Titré : de garde

Matériau
Épreuve en bronze à patine brune sur un socle carré.
Bronze composé de plusieurs pièces. Complet, aucun manque.

Légère usure de patine.

Quantité

Les 12 vies de Clément d’Astanières

Quel extraordinaire personnage que ce Clément d’Astanières ! Un vrai héros romanesque dont je vais tenter en quelques lignes de vous conter l’incroyable vie.

Une enfance rêvée

Clément d’Astanières naquit à Paris, rue Montmartre, le 2 mars 1841 dans une vieille famille de la noblesse d’épée mosellane du côté de son père, Adolphe d’Astanières et languedocienne du côté de sa mère, Lucie Levavasseur de la Roncière.
Il coula une enfance heureuse entre la capitale, la « Madone », propriété familiale des La Roncière, à Pezenas, et le château paternel de Villiers Le Bel (Seine & Oise). Il appréciait ces vacances au grand air, où il se partageait entre pêche, chasse avec son père, le chant (petit caprice singulier que sa famille lui passait avec bonhommie), le dessin, et la sculpture.
Du collège Rollin (devenu depuis Jacques-Decour) à l’Institution Massin, rue des Minimes, à Paris, il intégrait le 2ème Régiment de Hussards à 19 ans, faisait un passage à l’École de Cavalerie de Saumur avant d’être reçu à l’École militaire de Saint Cyr, (promotion de Puebla 1862-64). Dès sa sortie de l’École, manière d’honorer le nom de sa promotion, il est envoyé quelques mois, au Mexique.
Pendant toute cette période, il avait occupé ses loisirs à peindre, ou sculpter, ses condisciples et leurs montures. Notre statuette est d’ailleurs l’une de ces œuvres de jeunesse.

Hussard dans la Guerre

En 1870, Clément d’Astanières se fiançait avec Mathilde THOMAS de PANGE. En cadeau de mariage, Alphonse d’Astanières offrait à son fils le château de Montiers-en-Beauvaisis, dans la commune de Saint Juste-la-Chaussée (dans l’Oise). Mais voilà qu’à quelques jours du mariage, le 19 juillet 1870, Napoléon III déclarait la guerre à la Prusse. Clément d’Astanières était rappelé à sa caserne et le mariage reporté.

Au matin du 16 août 1870, la majeure partie de l’Armée du Rhin se trouve sur le plateau de Gravelotte. Napoléon III y a (aujourd’hui Châlons-en-Champagne). Le maréchal BAZAINE et l’armée doivent le suivre mais les échauffourées qui éclatent dans la matinée, du côté de la Tour-de-Mars le rendent incertain. De tout côté le canon tonne et voilà que les Prussiens sonnent la charge.  Les deux camps se lancent l’un contre l’autre au triple galop et très vite le maréchal BAZAINE est encerclé de toute part. Il ne doit son salut qu’à l’arrivée in extremis de renforts. Puis c’est au tour des fantassins du général FROSSARD d’être en grand danger. Les 5 escadrons du régiment des cuirassiers de la Garde se lancèrent dans une charge foudroyante sous le feu de l’artillerie prussienne. Ils sabrent dans la masse ennemie sans cesse harcelés par les hussards et les uhlans prussiens.  L’étau se resserre mais l’intervention du 77ème de ligne leur permet de se replier, laissant derrière eux la moitié de leurs officiers et plus du tiers de leurs hommes…

Plus à l’ouest, vers deux heures de l’après-midi, les Prussiens s’épuisent. Leurs réserves, trop éloignées de là, ne leur sont d’aucun secours. Le maréchal CANROBERT décide d’en profiter. Il lance toutes ses troupes. Les Prussiens chargent à leur tour. Imaginez, lancés dans la plaine, au triple galop, sabre au clair, dans un indescriptible fracas de sabots couvert par le monstrueux hurlement sanguinaire des cavaliers, 800 chevaux et cavaliers d’un côté et 600 de l’autre. Cette chevauchée de la mort, Todtenritt, permet une spectaculaire percée. Mais pris sous le feu des fantassins français, les Prussiens sont harcelés par la contre-attaque du général FORTON. Les combats durent jusqu’à 10 heures du soir, tous d’une violence inouïe. Les escadrons et les régiments les uns après les autres sont décimés dans un fracas de clameurs et de ferraille, de cris d’agonie, de grondement de canons, de claquement de balles, le tumulte des sabots martelant le sol. Les sabres tranchent, foudroient, décapitent. Hommes et chevaux tombent, membres mêlés. Dans cette indescriptible tourmente, Clément d’Asnières reçoit plusieurs coups de sabre, mais continue le combat, toujours en selle. Quant sa monture s’effondre, il chute avec elle et se fracasse la tête contre un pierre. Laissé pour mort sur le champ de bataille, les Prussiens le ramassent. Un officier prisonnier de plus...

 

Après sept mois de captivité, Clément d’Astinières est rendu à son foyer le 18 mars 1871. C’est un véritable fantôme qui se rend au château de Pange. Comment avait-il survécu à ses monstrueuses blessures ? Il affirmait devoir la vie au scapulaire qu’il portait sur son cœur. Il avait d’ailleurs pris l’habitude de le montrer à tous ceux qui le voulait, et même à ceux qui n’y tenait pas spécialement ! Il exhibait aussi, fièrement, une longue esquisse d’or sortie de l’une de ses blessures, qu’il conservait, telle une relique, dans un petit coffret.   
Sans avoir même le temps de guérir complètement, il était envoyé à Paris afin de réprimer les violentes insurrections de la Commune de Paris. Libéré de son service le 28 mai, décoré de la Légion d’Honneur, il épousait enfin sa fiancée le 27 juin 1871 au cours d’une cérémonie très mondaine.
Ses blessures de guerre lui laissant trop de séquelles, il quitta l’armée en 1875 pour s’installer simultanément avec son épouse Mathilde, en leur château de Montiers-en-Beauvaisis et au 25 rue de Las Cases à Paris.

L’artiste et le gentleman farmer

À Paris, il fréquenta tout d’abord l’atelier de Georges CLÈRE (1829-1901), qui avait lui-même été l’élève du grand François RUDE (1784 – 1855). Lorsque celui-ci cessa toute activité en 1875, il entra dans l’atelier du célèbre toulousain Alexandre FALGUIÈRE (1831-1900). Malgré la différence d’âge, la différence d’éducation, la différence de style de vie, les deux hommes, unis par l’amour de la matière et de l’œuvre, nouèrent une profonde et indéfectible amitié.
Clément d’Astanières s’installa un atelier dans son château de Montiers où il demeurait souvent, afin de gérer en direct l’exploitation de ses terres et de son élevage de bovins et porcins. À la pointe des dernières techniques d’élevage, ils présentaient ses plus belles bêtes aux divers concours agricoles régionaux et parisiens. Très impliqué dans sa commune du Beauvaisis, il en devint le maire de 1882 à 1887 puis plus tard de 1896 à 1899.
Aussi doué en sculpture qu’en tant qu’éleveur, il reçut de nombreuses médailles, récompensé aux Salons des Artistes Français (auxquels il participait de manière assez aléatoire) qu’aux comices agricoles ! Le 13 mars 1891, son atelier parisien était cambriolé, et toutes ses nombreuses médailles furent dérobées, « pendant que j’étais à un sermon contre le socialisme ! » rigolait-il amusé par ce clin d’œil du destin.
Il ne s’était non plus jamais départi de son amour pour la musique, et ne dédaignait pas d’animer les soirées en poussant l’opérette, en jouant du clairon ou en accompagnant au piano…

Homme fantasque au caractère excentrique, les rapports militaires du temps de sa jeunesse le reconnaissaient déjà comme un officier difficile à manier et à traiter avec ménagement, mais néanmoins d’une grande valeur.
Son choc à la tête accentua-t-il cette tendance ? Nul ne pourra jamais l’affirmer avec certitude, mais comme le disait l’un des membres de la famille de son épouse Mathilde, « il apportait dans la famille une note de bizarrerie peu conforme à l’étiquette ambiante ». Mathilde elle-même eut bien du mal à parfois comprendre le comportement extravagant de son mari.

Le maître de la Savane

En 1900, la disparition d’Alexandre Falguière, ce grand ami, laissait un vide immense dans son existence. Il n’avait que 59 ans, mais soudain la vie n’avait plus aucun attrait et ne se complaisait plus qu’en sa propre compagnie. Les douleurs de ses vieilles blessures de guerre auxquelles s’ajoutaient d’affreux maux rhumatismaux le taraudaient sans cesse. Puisque plus rien ne le retenait à Paris, il décidait de s’installait définitivement à Capbreton, dans les landes, qu’il fréquentait depuis 1897. Il se sépara du château de Montiers et acheta quelques 30 hectares de sables qu’il baptisa La Savane. En 1901, il y fait construire, directement sur les dunes, Les Épaves, sa demeure.  Reflet même de l’original qu’il était devenu, elle était décorée de vieux filets de pêcheurs, de flotteurs, de galets, de bois flottés, ce qui lui conférait un charme assez irréaliste pour l’époque.                 
Il fit ensuite bâtir Les Gourbets sorte de palombière doublée d’une écurie à étages, afin, disait-il, que ses chevaux puissent admirer l’océan depuis leurs stalles…
Fantasque ai-je bien dit ?!!

D’autres bâtiments plus classiques s’élèveront au fil des années comme une laiterie, la Tataya une maison dotée d’un atelier, la maison du garde…
Gentleman farmer dans l’âme, il ne pouvait laisser ces dunes sans soins. Il planta des pins et des oyats pour les fixer, et s’essaya même à diverses culture, dont la vigne. Souvenir du train qu’il avait fait venir à Montiers, il fit ramener un wagon Decauville dans lequel il avait fait installer des fauteuils en osier, et installer des rails qui faisaient le tour de la propriété. Les jours de grand vent, il faisait hisser la voile et le wagon avançait ainsi. Les jours sans vent, il fallait pousser à main d’homme.
Fantasque je vous confirme ?!!

Le goût de la chasse ne lui était pas passé avec le temps. Les dunes regorgeaient de lapins et autres lièvres, et le maître de la Savane, toujours accompagné de ses trois briards, ne se séparait jamais de son fusil. Il avait fait construire un peu partout des guérites dans les dunes, afin qu’il puisse s’abriter et continuer à tirer malgré la pluie.
Fantasque, assurément !

Il a repris goût à la sculpture, mais aime sculpter au grand air peut-être sans doute pour choquer les curieux qui aperçoivent dans les dunes ses modèles se promener nus… ! On trouvait partout d’imposants nus aux attributs protubérants qui mettaient mal à l’aise nombre de ses visiteurs. L’un d’eux lui ayant conseillé de les cacher derrière une feuille de vigne, notre sculpteur se faisait une joie de disposer devant l’endroit incriminé une feuille de vraie vigne qui au premier vent s’envolait ! Et il en allait de même pour les statues dont il avait parsemé les dunes au gré de son envie.
Ah fantasque sans aucun doute !

Son épouse Mathilde, dès 1886, un peu effrayée des constants investissements agricoles de son époux avait demandé par prudence la séparation des biens. Ses appartements dans la villa Les Épaves, étaient meublés dans un style plus classique, et elle y tenait salon ouvert, toujours entourée d’une meute de petits cockers. Elle œuvrait avec discrétion pour la paroisse, et chaque semaine, se rendait à l’église, avec son époux, en voiture tonneau tirée par une jument. Pour que son attelage soit à l’abri le temps de la messe, celui-ci avait fait bâtir un abri non loin de l’église. Plus tard, une automobile remplaça la charrette. Le temps avait fait son œuvre sur madame d’Astanières. Elle avait perdu son œil droit, était devenue boiteuse et ne sortait plus qu’enveloppée dans plusieurs voiles de gaze légère. À Capbreton, nul n’avait jamais vu son visage.
La maisonnée se composait du régisseur, d’une femme de chambre, d’une cuisinière, de deux domestiques, d’un homme à tout faire qui était le mari de la cuisinière, et d’un palefrenier. Clément d’Astanières passait beaucoup de temps avec son régisseur, et lorsque celui-ci vint à se marier, ildélaissa quelque peu son maître. Celui-ci fit venir d’Afrique un jeune congolais, Apupula, qui, à son arrivée, fut très inquiet d’être si bien nourri et se demandait quel sort lui serait réservé quand l’engraissement aurait pris fin ! L'engraissement ne prit jamais fin, et Appula, après quelques années put retrouver sa terre natale sans être passé par la casserole !! Il fit également venir une jeune fille de la même ethnie, dont il s’inspira pour l’une de ses sculptures « Fleur d’eau ».

Fantasque nul ne le conteste jugez-en !
Notre ancien hussard, issu du grand monde avait depuis longtemps oublié le protocole. Il allait dans ses dunes, coiffé d’un sombrero mexicain, vêtu d’un large sarrau de couleur indéfinissable, d’un pantalon large en molleton des Pyrénées, de sandales de cuir dont il n’enfile jamais le talon.

Mais pourquoi s’apprêtait quand il ne sortait jamais de chez lui. Car s’il recevait souvent, il ne sortait qu’une fois l’an « pour aller me confesser, à la veille de Pâques. Ce jour-là, je vais à Bayonne, je prends par le bras le premier curé que je rencontre. Je lui dis « mon père, voulez-vous me recevoir en confession ? Et je rentre chez moi pour l’année ! »
L’atelier de notre artiste était bien loin de l’idée que l’on peut se faire d’un atelier de sculpteur. C’était plutôt style capharnaüm ! Jugez-en par vous-même ! Il avait suspendu tous les meubles encombrants au plafond au moyen de poulies, ce qui permettait, en cas de besoin de les descendre. Dans un coin, trainaient, plein de poussière, un clairon, un tambour, une grosse caisse. Dans un autre coin se dressait une grande cage enfermant des grands-ducs qui passaient leur temps à se disputer les charognes qu’Apapula leur apportaient. Imaginez un peu l’odeur de l’atelier ! Ailleurs, on trouvait pêle-mêle des crânes, des tibias qui servaient de modèle, des aquarelles, des terres cuites, des bronzes.
Le maître étant toujours accompagné de ses trois briards, et de quelques autres chiens. Tous s’y ébattaient dans tous les sens évitant de justesse les stèles et chevalets.

Malgré le mauvais temps de ce mois de janvier 1918, ne tenant compte des avis de personne, et surtout, comme il l'avait toujours fait, notre artiste s’en fut tirer le canard ou le lapin dans les dunes de sa Savane. Mais le vent et la pluie ne font pas bon ménage avec de vieux poumons de 76 ans. Il prit froid et en quelques jours, il s’éteignit le 30 janvier. Il futinhumé au cimetière de Capbreton, où son épouse le rejoignait 12 ans plus tard.

 

Que reste-t-il de la Savane ? La nature a fait son œuvre. En 1938, un raz-de-marée mets les maisons à mal. En 1940, les Allemands pillent, saccagent, détruisent tout ce qui peut rester… Les promoteurs immobiliers feront le reste. Là où s’étalaient autrefois les dunes de la Savane se dresse aujourd’hui le résidence « Le Grand Large ». L’extravagant domaine du comte d’Astanières, hussard et sculpteur a disparu à jamais.    

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