Sculpteur
Alphonse Cordonnier
La Madeleine-les-Lille (Nord) 1er février 1848 – Paris 16ème 27 octobre 1930
Époque
Circa 1875-1890
École
École française de sculpture
Dimensions
Hauteur totale : env. 67 cm
Longueur : env. 33 cm
Profondeur : env. 30 cm
Socle ovoïde : env. 24 X 18 cm
Signature
Signé sur la plinthe du socle : ACordonnier A et C étant élégamment entrelacés.
Titré sur l’avant de la plinthe du socle : « Hérault du XVème siècle
Hôtel de Ville de Paris »
Matériau
Bronze à patine médaillée.
Composé de plusieurs pièces montées et jointes, le bronze est complet.
Alphonce Amédé* CORDONNIER, est né la deuxième heure de ce mardi 1er février 1848 à La Madeleine-lez-Lille, dans le foyer de Pierre Cordonnier et de Julie Picavet. C’est leur quatrième enfant, enfin le cinquième, mais la petite Florine, née en 1840, n’a vécu que quatre brèves années. Deux ans après lui, naît Prudent Norbert. Donc quatre garçons qui tous, à l’exception d’Alphonse, adopteront la profession paternelle, celle de boulanger.
Le jeune Alphonse lui, poursuit une voie différente qui le mène à l’École des Beaux-Arts de Lille. Une bourse lui permet de s'installer à Paris, en 1869, où il intègre l’atelier du sculpteur parisien Auguste DUMONT** .
Il a 24 ans lorsque, en 1872, en sa qualité de natif de Lille, le jeune sculpteur se présente au concours de l’OEuvre-pie WICAR. Peintre et dessinateur néo-classique, Jean-Baptiste WICAR était né à Lille en 1762 mais avait réalisé la totalité de sa carrière en Italie. Tout au long de sa vie, il avait rassemblé une fabuleuse collection de chefs d’œuvre de la Renaissance qu’il avait légué, à sa mort, en 1834, à la Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille. On y trouvait, entre autres, des tableaux de Raphaël, du Titien, de Botticelli, de Donatello et de Michel-Ange. En 1850, cette collection s'ouvrait au grand public qui pouvait dès lors, l’admirer au deuxième étage de l’Hôtel de Ville. Né pauvre, Jean-Baptiste WICAR, dont la carrière l’avait comblé de fortune, n’avait pas oublié la valeur de l’argent. Ne recherchant jamais la gloire ni le faste, il vivait frugalement et poursuivait son but d’artiste et de collectionneur avec opiniâtreté. C’est ainsi que dans un dessein généreux de transmission, il fondait, à l’image de l’Académie de France à Rome, l’œuvre-pie WICAR. Soumis à concours, de jeunes artistes nés à Lille, et âgés de moins de 31 ans, étaient alors doté d’une bourse qui leur permettait d’aller étudier l’art dans la Cité Éternelle. Lauréat en 1872, Alphonse CORDONNIER s’installe donc, pour quatre belles années, dans l’atelier WICAR, à Rome, au 8 Vicolo del Vantaggio.
Revenuà Paris, notre sculpteur retrouve les bancs de l’École des Beaux-Arts. Sur les conseils de son maître Auguste DUMONT, il intègre l’atelier de l'un de ses élèves Jules THOMAS***. Malgré la différence d’âge, 24 années, la connivence et l’amitié entre les deux hommes est immédiate. En 1877, Alphonse CORDONNIER remporte le premier prix de Rome de sculpture, et le revoilà repartit à Rome. C’est à la Villa Médicis cette fois qu’il s’installe pour trois ans.

Alphonse CORDONNIER in Album Mariani
De retour à Paris, il réintègre son petit atelier du 77 rue Denfert-Rochereau qu’il quitte en avril 1891 pour s’installer au 7 Villa Spontini dans le 16ème avec sa toute jeune épousée, Marie ADAM. Marie a 33 ans, Alphonse 43. Jules THOMAS, son maître et ami avait été l'un de ses témoins de mariage. Le mariage est heureux, et ils accueillent dans leur foyer, en 1892, un fils, Albert et en 1894, une petite fille, Yvonne.
Les commandes publiques et privées s’enchaînent, et après une période néo-baroque, au cours de laquelle il avait produit des œuvres dont son Héraut, destinées à l’édition, il tend vers un courant plus naturaliste, qui lui vaut sans doute la plus connue de ses œuvres, l’Innoculation, visible au Palais des Beaux-Arts de Lille. Depuis l’année 1874, il participe avec autant de talent que de régularité, aux Salons des Artistes Vivants puis des Artistes français, récoltant de nombreuses médailles.
L’année 1911 marque un tournant dans sa vie. Sa chère épouse Marie, âgée de 52 ans, décède brutalement. Six ans plus tard, alors que la Grande Guerre s’embourbe dans les tranchées d’Europe, son fils, Albert, âgé de 25 ans, livre, avec quelques autres pilotes français, des avions destinés à l’armée roumaine. L'aviation en est à ses balbutiements, et lors d’un vol d’essai, à Botosani, le jeune Albert s'écrase et perd tragiquement la vie. Dès lors, c’est Yvonne, la cadette, née en 1894, qui prend soin de son vieux père qui se consacre désormais davantage à la peinture et à quelques projets de monuments aux morts, dont celui de sa ville natale, inauguré en 1924. Au soir du 27 août 1930, le regard vif et précis d’Alphonse CORDONNIER s’éteint comme une bougie que l’on souffle, dans le silence de sa demeure de la Villa Spontini, veillée par sa fille Yvonne. Le sculpteur avait 82 ans.
*C’est sous cette orthographe que son père le déclare à la mairie, et c’est cette orthographe qui est utilisée sur tous ses actes administratifs. Mais pour la compréhension de tous, nous cédons à la facilité et adoptons l’usage courant de son prénom, à savoir Alphonse.**Auguste DUMONT1801-1884, élève de Pierre CARTELLIER, premier prix de Rome de sculpture ex aequo avec Francisque DURET en 1823, il est élu à l’Institut de France en juillet 1838. De 1853 à sa mort, il enseigne aux Beaux-Arts. Son œuvre la plus connue reste sa statue surplombant la colonne de la place de la Bastille.***Jules THOMAS, né à Paris le 10 septembre 1824, il y mourut à 80 ans le 7 mars 1905. Élève d’Auguste DUMONT aux Beaux-Arts, il remporte le premier prix de Rome de sculpture en 1848 (l’année de la naissance d’Alphonse CORDONNIER !), et devient professeur à l’Académie des Beaux-Arts en 1875.Notre Héraut d’armes est une œuvre muséale puisque le Palais des Beaux-Arts de Lille en expose un exemplaire.
Cette sculpture fait partie des œuvres de la première époque d’Alphonse CORDONNIER, alors que vivant à Rome il s’adonnait à un art néo-baroque, voire néo florentin. Cependant, il dote son sujet des armes de Paris, se rattachant alors à la France.
Les hérauts d’armes apparaissent au Moyen-Âge dans l’entourage des chevaliers. D’un rang inférieur, itinérants, louant leurs services au gré des tournois, ils étaient chargés de toutes sortes de tâches notamment de commentateurs lors des tournois. Le 14ème siècle voit une profonde mutation de leur rôle. Ils se sédentarisent au sein des maisons royales, princières et nobiliaires. Ils deviennent des officiers domestiques, gagés par les princes et seigneurs, puis par les villes et républiques. Leurs missions ne se cantonnent plus aux tournois. Ils sont désormais chargés du cérémonial et du protocole, avec, en temps de guerre un rôle de messager… Les hérauts se hiérarchisent et s’organisent, et sont régis par des traités. L’office de héraut connait son âge d’or au tournant des 15ème et 16ème siècle.
Fiche technique