Jeanne d'Arc en Prière - Léon FAGEL

Jeanne d'Arc en prière - Léon Fagel

Jeanne d'Arc en prière

Léon FAGEL

Sculpteur
Valenciennes (Nord-Pas-de-Calais), le 19 janvier 1851
Couslore (Nord), le 20 mars 1913

Époque
Circa 1898-1905

École
École française de sculpture

Dimensions
Hauteur : environ 25 cm
Terrasse : environ 13,5 X 10 cm

Poids : 2,907 kg

Matériau
Bronze à patine médaillée reposant sur une terrasse rectangulaire en noir veiné

Signature

Signé à l'arrière du coussin sur lequel est agenouillée Jeanne d'Arc.

Sous le cachet, inscription : première épreuve

Cachet du fondeur sur l'arrière du casque : Fumière et Thiébaut.

Charles-Cyprien THIÉBAUT  est apprenti dans une petite fabrique de boucles de la rue Simon-le-Franc, à Paris, lorsque son patron décède, en 1787. Il lui succède et s'installe rue du faubourg Saint-Denis. L'entreprise fabrique des cylindres de cuivre destinés à l'impression des tissus. Charles-Antoine dit THIÉBAUT aîné,  ajoute à l'activité habituelle la fabrication de matériels pour machines à vapeur et chemins de fer, de robinets clous et bronzes moulés. Charles-Cyprien se lance dans l'exécution d'objets d'art. Le sculpteur (et peintre néo-classique) Antoine Denis CHAUDER (1763-1810) confie à ce dernier la fonte de ses bronzes.
Les deux fils de THIÉBAUT aîné, Victor et Edmond, rejoignent la fonderie paternelle vers 1844. Treize ans plus tard, Victor poursuit seul l'activité  de fonte de bronzes d'art, mais produisant des fontes brutes. Il charge alors l'entreprise BARBEDIENNE (entre autres) des finitions. Victor THIÉBAUT acquiert des contrats pour l'édition de bronzes de sculpteurs de renom tel DAVID D'ANGERS (La Liberté), Jean-Baptiste CARPEAUX (Le Pêcheur de coquille), Georges DIÉBOLT (La France rémunératrice), Alexandre FALGUIÈRE (Le Vainqueur au Combat de Coqs), Albert-Eugène CARRIER-BELLEUSE (Le Baiser d'une mère)  ou encore Paul DUBOIS ou James PRADIER... Ceux-ci apprécient la qualité de l'alliage et de la fonte, qui permet de réduire l'intervention des ciseleurs. Il réalise la fonte de l'Ugolin que Jean-Baptiste CARPEAUX présente au Salon de 1863. La fonderie en sera récompensée d'une médaille de première classe. Dans le domaine de la fonte d'art, la maison THIÉBAUT propose dans son catalogue des vases, des coupes et des accessoires décoratifs pour cheminées et bureaux.
L'année 1864 marque une nouvelle étape avec le rachat des contrats de la fonderie ECK & DURAND à la cessation de celle-ci. La maison réalisa également quelques fontes monumentales, comme le Saint Michel terrassant le Dragon, de Francisque DURET pour la fontaine Saint-Michel du Quartier Latin ,et le Napoléon 1er d'Auguste DUMONT pour la colonne Vendôme.
Touché par la cécité, Victor THIÉBAUT s’associe avec son aîné, Victor, puis ses deux cadets Jules et Henri, avant de leur laisser la pleine responsabilité de la fonderie en 1885. En 1877, la fonderie doit laisser place à la Gare de l’Est qui s’édifie, et s’établit au 32 de la rue de Villiers dans le 17ème (qui devient rue Guersant). En 1884, un magasin huppé s’ouvre au 32 de la très sélecte avenue de l’Opéra. La fonderie pratique la fonte au sable, et la fonte à cire perdue, à
une époque où cette pratique n’est guère en vogue.
Nouveau tournant dans la société lorsqu’après le décès de ses deux frères, Victor s’associe successivement avec divers fondeurs. Celle qu’il passe avec deux de ses collaborateurs, Charles FUMIÈRE (qui de dessinateur était devenu administrateur délégué) et André GAVIGNOT en 1898 sera celle qui dure le plus longtemps (jusqu’en 1905). Ils éditent l’une des versions monumentales du Saint Georges d’Emmanuel FREMIET. En 1901, Victor THIÉBAUT vend la société au fondeur Louis GASNE. Il s’éteint 7 ans plus tard. Charles FUMIÈRE déménage les ateliers au 28 bis de la rue Guersant. Auguste Rodin lui confie ses fontes, mais en 1906, il revend la fonderie à Joseph MALESSET.

Quantité

Médaillon funéraire de Léon FAGEL
sculpté par son ami le sculpteur Corneille THEUNISSEN
(Cimetière Saint Roch, Valenciennes)

Léon FAGEL, un sculpteur attaché à son terroir

     Homme du Nord, Léon Fagel resta toute sa vie très attaché à sa terre natale, où d’ailleurs il repose. Il naquit le 19 janvier 1851 à Valenciennes (Nord-Pas-de-Calais) dans le foyer de il Amandine VAL et Julien Charles Louis FAGEL. Sa mère était lingère tandis que son père exerçait le métier aujourd’hui oublié de balancier ajusteur (c’est-à-dire qu’il contrôlait les poids et mesures des balances commerçants, artisans et autres revendeurs). Le petit garçon avait quatre ans et cinq mois lorsque son père mourut brutalement, à 31 ans.
     Ses talents le portant vers la sculpture, il entrait à l’Académie de Valenciennes où il suivit les enseignements de René FACHE (1816-1891) qui, face au talent de son élève, l’expédiait à l’École des Beaux-Arts de Paris. Il avait alors 17 ans. Le jeune Léon fréquenta avec assiduité l’atelier de Pierre-Jules CAVELIER (1814-1894) et obtenait quelques années plus tard (1875, à 24 ans), le second prix de Rome de Sculpture. Trois ans après, il présentait ses deux premiers bustes au Salon des Artistes français. Peu satisfait de son second prix, Léon FAGEL travailla avec acharnement et son bas-relief en plâtre « Tobie rendant la vie à son père » et remportait enfin le premier prix de Rome (1879) qui lui ouvrait un séjour de 36 mois à la Villa Médicis. Son éloignement italien ne l’empêchait pas de faire des envois au Salon des Artistes français qui, en 1882 et 1883 sont récompensés d’une médaille de 3ème et 2ème classe.
De retour en France, il épousait le 5 juin 1884 Claire REGNAULD, sous le regard de ses deux maîtres, René FACHE et Pierre-Jules CAVELIER, et l’année suivante, accueillait dans son foyer la petite Odette.
     Sculpteur délicat, acharné au travail Léon FAGEL poursuivit une carrière bien remplie. Les commandes d’État autant que privées affluaient, tandis qu’il participait à beaucoup de concours dans sa région dont il remportait la plupart. Il acquit ains notabilité et notoriété. L’exposition universelle de 1889 récompensa son talent par la médaille d’or qu’elle lui décernait et il était fait, en 1893, Chevalier de la Légion d'honneur, puis en 1903, Officier.
Le 20 mars 1913, alors qu’il passait la journée à Coulsore dans l’Avesnois, chez l’un de ses amis, avec sa fille Odette, il s’effondra, foudroyé par une rupture d’anévrisme. Il n’avait que 62 ans et de nombreux projets en cours.

Jeanne d'Arc, mythe fondateur de la Troisième République

     Ébranlée par le sanglant conflit de 1870, par son humiliante défaite, par la perte de deux de ses provinces, par la chute du Second Empire, la France essaie de se reconstruire sous la Troisième République. Il lui faut une figure tutélaire, qui redonne espoir et confiance en la Patrie désemparée. Jeanne d’Arc, que la Monarchie de Juillet avait sorti de l’ombre, est l’héroïne idéale pour redonner aux Français confiance en leur État. Au théâtre, à l’opéra, dans les salons (celui de 1890 ne présente pas moins de 11 sculptures de Jeanne d’Arc de 11 sculpteurs différents, un record !), la figure de Jeanne d’Arc
attire et fait recette.

                                   

  Affiche de La Prière de Jeanne d'Arc, de Charles GOUNOD,                                                Jules MICHELET - 1798 - 1874
  pour Soprano et choeur, 1894                                                                             Thomas COUTURE, Huile sur Toile, Musée Carnavalet

     Figure incontournable de la politique autant que de l’art, elle était ressortie de l’oubli en 1841 par l’historien Jules Michelet. Dans le livre V, de son Histoire de France, après des années de travail et de recherche, il réhabilitait Jeanne d’Arc. La pucelle, qui s’était imposée par son exemplarité, avait réalisé l’unité autour d’elle, étant ainsi à l’origine de l’une des étapes cruciales de la construction de la France.
     Toute une littérature historique se développa alors autour de ce thème, porté à son paroxysme après 1870. Dès lors, héroïne historique et mythe fondateur, elle participa, après la chute du Second Empire, au fort mouvement nationaliste qui s’installait en France. Face à la ferveur populaire, elle est béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920. Autant « sainte laïque » que sainte catholique, Jeanne d’Arc devenait la figure tutélaire de la France, véritable emblème national. Porteuse de toutes les vertus et les espérances du peuple français, peintres et sculpteurs exploitaient le sujet. Les Jeanne d’arc guerrières en armure, à cheval ou démontées fleurissaient, entrant dans les foyers français.

C’est dans ce contexte que Léon FAGEL sculpta sa propre version de l’héroïque patronne de la France, symbole des vertus guerrières, du courage et du patriotisme … En armure drapée d’une chasuble frappée de l’emblème royal, l’épée au côté, le casque et les gants reposant contre sa cuisse, Jean d’Arc est humblement agenouillée, les mains jointes en signe de prière. Son regard se perd au loin et exprime sa proximité avec Dieu, qui lui parle et l’envoie délivrer la France de ses occupants.

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