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Jean NOREST
Dieppe 12 août 1822
Paris 1er octobre 1870
circa 1846-1870
École dieppoise de sculpture sur ivoire
École française de sculpture
Hauteur : environ 34 cm
Profondeur : environ 9,5 cm
Terrasse ovale : 9,5 X 13 cm
À l’arrière de la terrasse : J. NOREST Sculp
Épreuve en bronze à patine médaillée.
Composée de plusieurs pièces, la sculpture est complète.
Chaque siècle produit son lot d’artistes au talent affuté, délicat et maîtrisé dont la renommée pourtant ne lui survit pas, se fane pour tomber dans l’oubli. Jean NOREST est, hélas, de ceux-là.
Ce dieppois, sculpteur, dessinateur et ivoirier fit sa réputation sur la maitrise et la finesse de son travail de l’ivoire. Artiste d’une grande notoriété, Il édita très peu de bronze, et cette Madone couronnée à l’Enfant est l’une de ses rares pièces, qui traduit dans le bronze toute la maîtrise et la savoir de l’ivoirier de génie qu’il était…
Petit-fils d’hommes de la mer, l’un marin-douanier, l’autre matelot, ayant tous deux péris en mer, Jean Pascal François NOREST naquit le lundi 12 août 1822 au 163 Grande rue, près de la rue de l’Avoine, dans le foyer de Jean-Pascal, tisserand, et Marie Éléonore BONNEAU, l’année même où était installé sur la plage « Les Bains de mer Caroline », premier véritable établissement de bains de mer.
Depuis le XIVe siècle, Dieppe s’était faite la réputation du travail de l’ivoire. La ville comptait alors 3 000 ivoiriers, maîtres, artisans, ouvriers, qui ciselaient des cadrans de boussoles, des maquettes de bateaux, des tabatières, des râpes à tabac, des boîtes à bijoux, à poudre, des pions de jeu, des poignées de cannes, des peignes, des boutons, des éventails, des médaillons… Le XVIIe siècle fut l’âge d’or de de l’ivoire dieppois grâce aux navires de la Compagnie du Sénégal (fondée en 1628) qui ramenaient de leurs courses, notamment, des défenses d’éléphants, d’hippopotames ou de phacochères, et aux autres bâtiments qui rapportaient des dents de morses, de narvals ou de cachalots…
Cependant ce fut au XIXe siècle que le marché de l’ivoire explosa grâce à l’intérêt que porta à cet art fin et délicat la duchesse de Berry, Marie Caroline de Naples et Sicile, qui le découvrit lors de ses séjours réguliers aux bains de mer, entre 1824 et 1829. À sa suite, les cours royales européennes découvrirent et tombèrent sous le charme si désuet et raffiné de l'ivoire, créant un engouement qui toucha à son tour la bourgeoisie.
Ce fut ainsi que le jeune Jean NOREST entra en apprentissage dans l’atelier d’un ivoirier renommé, Thomas Nicolas Prosper TELLIER, puis dans ceux d’Auguste Philbert MEUGNOT et de Charles Étienne THOMAS.
En 1846, admis à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, il entrait dans l’atelier du sculpteur parisien Louis Denis CAILLOUETTE (1790-1868), suivant les cours d’anatomie du docteur Louis AUZOUX, dont les mannequins anatomiques en papier mâché se vendaient dans le monde entier, fréquentant les ateliers réputés de DAVID d’ANGERS et Albert Ernest CARRIER-BELLEUSE.
En 1851, le vendredi 14 mai, il épousait en l’église Sainte Élisabeth (6e arrondissement) Clémence GARNOT. Fin février 1852, une petite Léontine Éléonore leur naissait mais s’éteignait à Saint-Mandé trois mois et demi plus tard, le 12 juin. Le 10 décembre 1860, une petite Louise Victoire voyait le jour dans le foyer du sculpteur et de son épouse.. Elle ne vécut pas plus de 9 mois. Berthe Césarine naquit enfin le 21 février 1867. Au lendemain de la défaite de Sedan et de la captivité de l’Empereur Napoléon III, le 5 septembre 1870, à l’âge de 3 ans et 7 mois, la petite Berthe rendait son dernier souffle, pas tout à fait un mois avant son papa.
Le 19 septembre de cette année 1870, 400 000 Prussiens encerclaient Paris. Un long siège commençait. Jean NOREST, comme beaucoup d’ouvriers, d’artisans, de commerçants parisiens, s’engagea dans la Garde Mobile afin de défendre Paris. Mais la variole qui couvait depuis quelques mois s’aggrava et Jean NOREST la contracta et mourut le 1er octobre, à l’âge de 48 ans. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre, mais l. Clémence, transféra le 9 mai 1878, son époux et sa petite Berthe, dans la même bière, au cimetière de Dieppe…
Pour courte qu’elle ait été, la carrière de Jean NOREST s’était construite sur une solide réputation entièrement due à la qualité et la maîtrise de son art. L’Exposition Universelle de 1855 lui apporta la renommée après qu’il y ait reçu, dans la section des Ivoires, la médaille de première classe.
Le Comte Émilien de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts et lui-même sculpteur, s’intéressa à l’ivoirier dont le coup de crayon, séduisant et maîtrisé, lui valut un poste de professeur de dessin
à la ville de Paris en 1868.
Observez la finesse du visage de la Sainte Vierge et de l’Enfant Jésus. Admirez le travail exceptionnel du sculpteur dans le rendu et le plissé des tissus ainsi que la joliesse et le raffinement de leurs broderies. Notez la précision, la délicatesse et la subtilité des deux couronnes impériales qui coiffent la Madone et l’Enfant Jésus.
Cette magnifique pièce, toute en grâce et en sensibilité, d’une douceur ineffable est l’une des rares œuvres en bronze de Jean NOREST et traduit toute la technique et la maîtrise de son travail d’ivoirier.
© Copyright textes et photos : Les Trésors de Gamaliel