Sculpteur
Emmanuel Frémiet
Montrouge 6 décembre 1824
Paris Bd de Beauséjour (16ème) 10 septembre 1910
Époque
1891 pour le chef modèle
École
École française de sculpture
Dimensions
Hauteur : env. 55 cm de la base de la terrasse au haut de la lance (sans le socle en marbre)
Hauteur totale : env. 60 cm marbre compris
Ø du socle en marbre : 26 cm
Ø la terrasse : 22 cm
Signature
Signé sur le motif, devant le dragon.
Signature du fondeur sur le rebord de la terrasse : Barbedienne
Matériau
Épreuve en bronze à patine dorée, reposant sur un socle ovoïde en marbre.
Composé de 11 pièces, le bronze est en excellent état, et complet à l’exception de l’auréole de saint Georges.
Des traces anciennes de réparation du socle en marbre, invisibles sur le dessus, sont à peine visibles par-dessous.
Maître imagier, pour reprendre l’expression de son biographe Jacques de Biez, Emmanuel Fremiet aime à sculpter. Il façonne avec gourmandise des petits bronzes animaliers pleins de charme, de fraîcheur et d’humour qui emportent bien vite les suffrages des amateurs. Le charme qui se dégage de ses sculptures, leur expressivité, la qualité de son travail, la finesse de son exécution, son sens de l’observation et du détail poussés à l’extrême lui valent un vif succès auprès du public et une notoriété durable, que la suite de sa carrière entretient.
Emmanuel FREMIET a 67 ans lorsqu’il cisèle, en petit format, son saint Georges. Il est au sommet de son art, sociétaire aux Artistes français, il expose même depuis longtemps en Hors Concours. Avec ce saint Georges, il poursuit un thème qui lui tient à cœur, celui d’une Chevalerie parfaite, historique aussi bien que légendaire, tout emplie du mystérieux symbolisme de la Table Ronde, où le Chevalier et le Saint ne font qu’Un. Il a ainsi sculpté Louis d’Orléans (1870), ses différentes Jeanne d’Arc (1874 pour le premier modèle de sa statue équestre ; 1875 pour Jeanne d’Arc à genoux et Jeanne d’Arc à Orléans), saint Michel (1875), le Chevalier errant (1878), son Credo (1885), saint Georges (1891). Duguesclin qu’il modela en 1902, est la dernière de ses œuvres à s’inscrire dans cette lignée de grands chevaliers idéaux.
Il présente sa statuette, de petit format, sous le numéro 2522, au 109ème salon des Artistes français, qui se tient au Palais des Champs-Elysées, au mois de mai de l'année 1891. L’État s’en porte acquéreur à l’issue du Salon, et offre la somme de 2 000 francs. Ce qui fait réagir Emmanuel Fremiet, dont la probité n’est plus à démontrer. Sa sculpture n’étant pas une épreuve unique puisqu’il en a déjà cédé quatre, il en estime le prix à 800 francs. L’affaire est conclue et le saint Georges rejoint les vitrines du musée du Luxembourg le 7 août 1891.
Pour l’Exposition Universelle de 1900, la maison THIÉBAUD cherche un grand bronze pour représenter sa maison. Elle demande à Emmanuel Fremiet de fondre sa Jeanne d'Arc équestre afin de l’exposer. Après réflexion, le sculpteur propose le saint Georges, ce qui lui donne ainsi l’occasion de le réaliser en format monumental. Acquis 22 juillet 1901 par la ville de Paris pour 22 000 francs (ni le fondeur Thiébaut ni Emmanuel Fremiet ne font de bénéfice) le groupe est placé au Petit Palais. En 1958, il est déposé dans le Jardin Saint-Georges avenue Victor Hugo, à Barentin (Seine-Maritime) où l'on peut toujours l'admirer.
La légende de ce vaillant guerrier, garde du corps de l’empereur DIOCLÉTIEN (3ème siècle après Jésus-Christ) ne pouvait pas lui échapper. La Legenda Aurea (La légende dorée), rédigé en 1261 et 1266 par l’archevêque de Gênes, Jacopo de Varazze (Jacques de VORAGINE) racontait que dans la ville de Salem, en Lybie, se trouvait un étang. Un titanesque dragon y avait élu domicile. Perpétuellement affamé, il contraignait les habitants de la région le nourrir de chèvres et moutons. Puis vint le temps où le monstre ne se satisfit plus du bétail et réclama de jeunes enfants. Les habitants de Salem ne surent que faire d’autre que d’organiser un macabre tirage au sort entre leurs enfants, désignant ainsi ceux qui devaient être immolés à la faim insatiable du dragon. Et puis le sort désigna la princesse Silène. Ce fut alors que saint Georges se présenta aux portes de la ville. Il proclama que Dieu l’avait envoyé pour battre le monstre, à condition que tous les habitants de Salem se convertissent à la foi en Christ. Le roi et tous ses sujets promirent. Saint George affronta alors le dragon dans un combat opposant la pureté de l’âme à la noirceur du démon. Soutenu par Dieu, saint Georges dompta le dragon, l’apprivoisa délivra à temps la princesse qu’il chargea de ramener en le tenant simplement au bout d’une corde de chanvre. À la vue de cette scène miraculeuse, le roi et les habitants de Salem furent saisit et se convertirent. Et le dragon fut tué.
Représenté dès la seconde moitié du 13ème siècle dans la posture du dompteur du dragon, sait Georges reste figée dans cette iconographie. Emmanuel Fremiet n’a pas cherché à innover à ce niveau-là mais toute la force et la beauté de son groupe viennent de sa composition et de la maîtrise qu’il a de sculpter les chevaux. Tordu sur sa queue, le dragon ouvre la gueule dans un rugissement tellement effroyable chargé de flammes que le cheval, épouvanté, se cabre dans un hennissement halluciné.
Imperturbable, coiffé de son heaume à la visière relevée, saint Georges agace le monstre de sa lance, cherchant à le soumettre à sa loi. Le cheval cabré semble déjeté vers la gauche, ainsi que la lance qui n’est pas centrée, accentuent le déséquilibre voulu de la composition, lui donnant force et mouvement.
Fiche technique